- L'amer pour rentrer au port -

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lundi 15 juillet 2013

A Thing of Beauty

A thing of beauty is a joy for ever:
Its lovliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing.
Therefore, on every morrow, are we wreathing
A flowery band to bind us to the earth,
Spite of despondence, of the inhuman dearth
Of noble natures, of the gloomy days,
Of all the unhealthy and o'er-darkn'd ways
Made for our searching: yes, in spite of all,
Some shape of beauty moves away the pall
From our dark spirits. Such the sun, the moon,
Trees old and young, sprouting a shady boon
For simple sheep; and such are daffodils
With the green world they live in; and clear rills
That for themselves a cooling covert make '
Gainst the hot season; the mid-forest brake,
Rich with a sprinkling of fair musk-rose blooms:
And such too is the grandeur of the dooms
We have imagined for the mighty dead;
All lovely tales that we have heard or read:
An endless fountain of immortal drink,
Pouring unto us from the heaven's brink.
Un joli poème de John KEATS
Je propose une traduction libre pour les premiers vers, et une photo ...
Un brin de beauté, toujours génère du bonheur,
Plus sa beauté est grande, plus il pérenne.
Le néant s’efface devant sa vive présence,
Son havre paisible alors propice aux songes
Nous offre de doux rêves calmes et salvateurs.
Ainsi, chaque jours et sans fin, tresserons-nous
Une étole de fleurs pour nous lier à la terre,
Malgré le désespoir, l'inhumaine incurie
En nobles créatures, surgies des sombres jours,
Vainqueurs des mille miasmes des chemins ténébreux.
Oui, hormis tout, continuons notre quête,
Soudain la beauté prend corps et jette son voile
Sur nos esprits en deuil. Le soleil ou la lune,
Animeront les ombres d'arbres de tout âge,
Où bêlent des brebis, tapies dans les jonquilles
Des vertes prairies où l'onde de clairs ruisseaux
Coule tranquille sous leur fraîche frondaison.
A l'heur estival, le parfum musqué des roses
Envoûte le monde des essarts, des bosquets.
Telle la grandeur de tous les tristes destins
Imaginés, chantés pour nos vieux héros morts;
Des sagas, des récits merveilleux du passé :
Source intarissable de l'ambroisie des dieux,
Qui coule pour nous seuls, aux confins des cieux.


(Endymion)

dimanche 14 juillet 2013

Arenotropisme

Je ne suis qu'un très mauvais collectionneur, mais l'idée de collectionner les grains de sable me semble une expérience des plus intéressantes. J'ai commencé à faire quelques prélèvement au hasard des voyages ... mais je suis très loin de devenir un arénophile !
micro-grenats de l'île de Siec

mardi 9 juillet 2013

Tissu vivant et social

Rendre pérennes nos tissus biologique, ne nous permettra pas de rendre pérenne le tissu social dans lequel nous vivons ! Et comme l'Homme est un animal social, il risque fort de trouver sa vie prolongée, un peu triste dans sa solitude existentielle ... De toute façon, supporter les cons toute une éternité, voilà bien ce qui se rapproche de l'Enfer !
Ai-je vraiment envie de faire garder quelques unes de mes cellules, même sous forme de cellules souches pluripotentes ? Pas tant. Je n'aspire pas à l'éternité. Mais la possibilité de se régénérer est vraiment attrayante ... Voilà une petite réaction à deux articles qui se succèdent de manière étonnante. Convergence ! 
Réaction à l'article du Nouvel Obs :
25 octobre 2023. Los Angeles. Sur son terrain de golf préféré, Edward, 59 ans, comédien star de Hollywood est terrassé par un infarctus. Il risque de ne plus jamais récupérer une vie normale. Heureusement, ce passionné d’innovation a souscrit, dix ans plus tôt, un contrat avec la société Scéil. Du coup, son chirurgien va pouvoir restaurer ses tissus coronariens, avec des cellules cardiaques contenant l’ADN même d’Edward. Zéro risque de rejet immunitaire ... Science-fiction ? En partie seulement. Car la société de biotechnologie française Cellectis annonce, ce soir, une première mondiale ! Son P-DG André Choulika, est en tournée cette semaine à New York et Los Angeles pour lancer sa nouvelle filiale Scéil, qui propose ce contrat futuriste. Un pari audacieux sur les progrès de la pharmacie et de la médecine, qui demain, affirme-t-il, développeront de manière routinière médicaments personnalisés et thérapies régénératrices.
"C’est un peu comme si l’on pouvait se faire une sauvegarde génétique pendant qu’on est en pleine forme, et la mettre de côté pour se réinitialiser un jour", explique Choulika. Comme on sauvegarde le disque dur d'un ordinateur ! L’argument de vente de Scéil ? "Capitalisez maintenant sur les promesses de demain !
Prélèvement de peau
Scéil propose un service de base à 60.000 dollars (47.000 euros), plus un forfait de maintenance (500 dollars/an après la 3ème année). Pas à la portée de toutes les bourses… Pour démarrer, le service n’est disponible que dans les régions du monde où la législation le permet : Etats-Unis, Moyen-Orient (Dubaï) et Asie (Singapour). Et demain, sans doute, en Suisse. "La réglementation française, en revanche, rend ce type d’offre impossible, puisqu’elle exige de spécifier l’usage futur de tout prélèvement biologique", explique le secrétaire général de Cellectis, Philippe Valachs.
Une fois la somme acquittée, le client se fait faire un prélèvement de peau d’environ 3 mm de diamètre, qui est ensuite expédié dans le laboratoire de Singapour, où les cellules du derme (fibroblastes) sont cultivées en qualité clinique, puis conservées dans de l’azote liquide (-180°C). Mais - là est la nouveauté - une partie d’entre elles est aussi reprogrammée pour donner naissance à ce qu’on appelle des "cellules souche pluripotentes induites" ou iPS, elles-mêmes cryogénisées.
Thérapies cellulaires régénératrices
Leur particularité ? Inventées par le prix Nobel de médecine 2012, le japonais Shinya Yamanaka, ces iPS ont bien l’ADN du donneur, mais ont retrouvé toutes les caractéristiques de cellules souches embryonnaires. C’est à dire que l’on peut, pour régénérer les organes endommagés, provoquer à nouveau leur différenciation en cellules du cœur, du sang, du foie, du pancréas, du cartilage, du cerveau… Techniques dont Cellectis, un leader mondial de l’ingénierie du génome, est justement spécialiste.
L’un des gros avantages de ces iPS est d’éteindre toute polémique d’ordre religieux. Puisque, contrairement aux vraies cellules souches, elles ne proviennent pas d’embryons surnuméraires de fécondation in vitro, elles sont compatibles à la fois avec la Bible et la Charia ! La semaine sera justement placée sous le sceau du débat bioéthique, puisque l’Assemblée Nationale examine, jeudi 11 juillet, une loi libéralisant l’usage des cellules souche.
Ce qui signifie que si, même dans un lointain avenir, le client de Scéil a un pépin de santé, ses médecins pourront à volonté "commander" l’ingénierie de cellules 100% compatibles (c’est lui le donneur) du tissu souhaité. Ils pourront alors vérifier in vitro l’innocuité de tel ou tel médicament. Et surtout développer des thérapies cellulaires régénératrices.
La "techno médecine" est en marche
Pour l’instant, les iPS commencent seulement à être utilisées pour tester des molécules. Procédé qui peut permettre aux laboratoires pharmaceutiques d’éviter la mise sur le marché de médicaments aux effets secondaires toxiques, voire mortels… Demain peut-être, elles se substitueront aux cellules souche embryonnaires dans des biothérapies très innovantes. Car la "techno médecine" est déjà en marche : partout sur la planète, des chercheurs s’apprêtent à démarrer des essais cliniques pour réparer le cartilage du genou, lutter contre la dégénérescence maculaire de l’œil, greffer les grands brûlés, reconstituer le tissu cardiaque, lutter contre la leucémie…
"Un bébé né cette année a une espérance de vie de 140 ans. Dès 2020 ou 2030, les gens se feront couramment soigner comme cela", affirme André Choulika, qui y voit une source d’innovation et de croissance pour les décennies à venir. Une révolution silencieuse capable de faire reculer la mort, qui posera des problèmes sociétaux et éthiques dont on peine encore à cerner les contours.

dimanche 7 juillet 2013

Moebius


Convergence vers l'Infini

« Dans la "hiérarchie sans fin d'infinis", 
chaque infini est plus grand que l'infini précédent »
L'astrophysicien Trinh Xuan Thuan publie un livre sur la vertigineuse question de l'infini, où il convoque les lumières des scientifiques et des poètes. Entretien qui donne le tournis

Le Nouvel Observateur 05-07-2013

Fabien Gruhier pour le Nouvel Obs' 
Dès le moment où il a su compter au-delà de 3, l'homme a été confronté à cette incompréhensible notion d'infini... 
Trinh Xuan Thuan 
Puisque, par définition, l'infini va au-delà de tout, il dépasse aussi notre propre entendement - ce qui, avouons-le, reste vrai aujourd'hui. Dès que l'homme a su compter ses moutons, il s'est aperçu qu'on pouvait toujours en ajouter un de plus, et qu'aucune limite ne pouvait être imaginée. Les philosophes grecs de l'Antiquité se sont vite aperçus que cette notion suscitait des paradoxes insurmontables. Comme celui dit « de Zénon », selon lequel l'infini interdirait à un coureur d'atteindre un but, sauf à disposer d'un temps infini : il lui faudrait une infinité d'étapes pour parcourir la moitié de la distance restante - puisque, si petite soit-elle, il restera toujours une moitié de distance à franchir ... Les Grecs avaient malgré tout compris la notion de convergence. Tel Archimède, montrant que l'on pouvait enfermer un cercle entre deux polygones réguliers, l'un intérieur (inscrit), l'autre extérieur (circonscrit), et que, en multipliant le nombre de leurs côtés - à l'infini -, les deux polygones finissaient par se confondre avec le cercle. Le cercle constitue donc un aboutissement concret, tangible, de l'infini.Néanmoins, cette notion posait tellement de problèmes qu'on a préféré, durant très longtemps, la mettre entre parenthèses: selon Aristote, l'infini n'était pas une réalité « actuelle », mais un simple « potentiel ». Ainsi le moine dominicain Giordano Bruno a-t-il, sur le bûcher, à Rome, en 1600, payé de sa vie le fait d'avoir soutenu que l'Univers était infini, avec une infinité d'étoiles et de mondes habités. L'Eglise ne pouvait admettre une pareille idée - à cause du péché originel, qui aurait entraîné la nécessité d'une infinité d'avatars du Christ sauveur...
Georg Cantor a eu l'immense mérite de prendre l'infini à bras-le-corps et de s'y attaquer comme à un concept purement mathématique - un grand scandale pour la plupart des mathématiciens contemporains. Cantor a par exemple montré que, si la suite des nombres entiers était infinie, alors la suite de leurs carrés l'était tout autant - bien que la suite des carrés de nombres entiers soit contenue dans la suite des nombres entiers. Il établit ainsi que les parties d'un ensemble infini ne sont pas nécessairement moins grandes que le tout.
L'infini, lui, a été enfin « sauvé » par le mathématicien Georg Cantor, dans la seconde moitié du XIXe siècle ?

Plus extraordinaire encore, il a démontré qu'il existait une sorte de « hiérarchie sans fin d'infinis », chaque infini étant de taille plus grande que celui qui le précède. Mais comment être plus grand que l'infini ? Comment un sous-ensemble peut-il être aussi grand que l'ensemble dont il ne constitue qu'un élément minoritaire ? Comment se peut-il que la partie ne soit pas plus petite que le tout ? Tel est l'insondable paradoxe de l'infini, celui qui heurtera toujours notre intuition.
Georg Cantor est mort dans un asile d'aliénés. Tout comme cet autre mathématicien, Gödel, victime d'un complexe de persécution.   
L'infini rend-il fou ?
Les idées de Cantor ont été violemment combattues par son mentor initial, Leopold Kronecker. Celui-ci l'avait découvert à l'université de Berlin et lui avait obtenu un poste dans la relativement médiocre université de Halle, dont il ne put jamais sortir, à cause des persécutions de ce même Kronecker : ce dernier ne supportait pas que l'on ait pu faire de l'infini un vrai sujet mathématique ... et il était sans doute jaloux de l'immense notoriété acquise par son ancien élève. Quant à Kurt Gödel [1906-1978], grand ami d'Einstein, il a en somme démontré qu'il existait des limites au raisonnement logique et que la nature fondamentale de l'infini nous échapperait à tout jamais. Mais il s'était aussi attaqué au problème de la démonstration de l'existence de Dieu par la logique mathématique - un problème face auquel il échoua... Ensuite, il devait bizarrement se persuader que quelqu'un cherchait à l'empoisonner. En bonne logique, il finit par refuser toute nourriture et mourut alors qu'il ne pesait plus que 30 kilos. Mais il n'est pas prouvé que la quête de l'infini ait quelque chose à voir avec de telles pathologies.
On sait depuis longtemps que la Terre n'est pas le centre du monde mais, aujourd'hui, est-on vraiment sûr que l'Univers lui-même est infini ?
Depuis toujours ou presque, on assiste à ce propos à une valse-hésitation, aussi bien chez les scientifiques que de la part des philosophes et des théologiens. Aristote a postulé que l'Univers était fini, et cette vision s'est imposée pendant près de deux mille ans, bien que le Grec Archytas se soit déjà demandé, au IVe siècle avant notre ère, ce que l'on trouverait derrière la frontière présumée, si on passait un bras à travers. Giordano Bruno, on l'a dit, n'a pas réussi à briser cette vue « finitiste ». Aujourd'hui, la théorie acceptée est celle d'un Univers en expansion indéfinie et accélérée depuis l'instant du big bang, théorie dite «de l'atome primitif» selon son inventeur, l'abbé belge Georges Lemaître.
Le fameux « fiat lux », selon Pie XII ...
Oui, dans cette théorie, le pape avait vu une confirmation de la Genèse. Mais il est important de noter que l'abbé Lemaître avait aussitôt dénoncé une pareille interprétation, affirmant que la science et la théologie constituaient deux démarches totalement indépendantes. Aujourd'hui, les théoriciens n'ont que l'embarras du choix et sont pratiquement libres d'imaginer ce qu'ils veulent, avec des concepts comme la matière noire, l'énergie noire, la théorie des cordes, la courbure et la topologie de l'Univers (est-il condamné à terme à retomber sur lui-même pour rebondir ?), etc. Il y a même de nombreuses raisons de penser que notre Univers n'est pas le seul et qu'il en existe une infinité d'autres, parallèles au nôtre ... et tous inaccessibles à l'observation directe. C'est le groupe des théories dites « des multivers ». Lesquelles m'amènent à me poser cette question : lorsqu'on échafaude des hypothèses qui n'offrent pas la moindre possibilité de vérification expérimentale directe, est-ce que l'on fait encore de la science ?
L'infini a inspiré non seulement les philosophes, théologiens, mathématiciens et astrophysiciens, mais aussi des artistes, des écrivains, des poètes ...
Forcément, la notion d'infini interpelle le bon sens de chacun, alors elle fascine aussi les créateurs. Mon livre s'ouvre sur un chapitre consacré notamment à l'art décoratif musulman du XIVe siècle, celui qu'on peut par exemple admirer à l'Alhambra de Grenade, et qui se caractérise par la splendide répétition de motifs géométriques. Une répétition à l'infini, qui a influencé beaucoup plus tard le peintre et graphiste néerlandais Maurits Escher. Certains écrivains ont admirablement parlé de l'infini, comme le fascinant Jorge Luis Borges, avec les labyrinthes sans fin de sa « Bibliothèque de Babel ». On pourrait allonger la liste - pas toutefois jusqu'à l'infini. Mais citons encore William Shakespeare, qui fait dire à Hamlet : « Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me regarder comme le roi d'un espace infini » - cela à une époque où l'on débattait justement de la taille de l'Univers. Citons encore Edgar Poe qui, faisant preuve d'une intuition fulgurante, avait imaginé un Univers peuplé d'étoiles situées « à une distance si prodigieuse qu'aucun rayon n'en soit jamais parvenu jusqu'à nous ». Près de cent vingt ans avant les scientifiques, Poe avait ainsi entrevu la raison pour laquelle le ciel de nos nuits reste noir, même dans un Univers infini contenant un nombre infini d'étoiles : parce que l'Univers a eu un commencement dans le passé, la lumière des objets célestes les plus lointains n'a pas eu le temps de nous parvenir, et nous ne voyons que de l'espace noir dans leur direction.
Vous vous déclarez de tradition bouddhiste. Cela a-t-il une influence sur votre vision de l'infini ?
En tant que bouddhiste, je crois en une succession de vies. Mais le but ultime est d'atteindre l'« éveil » - la connaissance suprême, accompagnée d'une compassion infinie -, c'est-à-dire d'échapper à ces cycles de renaissance. Les cycles de vie ne sauraient donc être éternels (c'est-à-dire infinis), car ils s'interrompent. Ce qui me convient tout à fait ...

05 07 13 TrinhXuanThuan SIPA
TRINH XUAN THUAN, né à Hanoi, au Vietnam, docteur en astrophysique de l'université de Princeton, est actuellement professeur à l'université de Virginie. Auteur de plusieurs ouvrages à succès, dont « la Mélodie secrète », il a reçu en 2009 le prix Kalinga de l'Unesco - la récompense suprême en matière de vulgarisation scientifique. Il vient de publier chez Fayard 
« Désir d'infini. Des chiffres, des Univers et des hommes ». 
(©Baltel / Sipa)