- L'amer pour rentrer au port -

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jeudi 28 avril 2016

Sagalassos

Sagalassos ville de l'antique Pisidie

lundi 25 avril 2016

Merle

Le Merle noir (Turdus merula) est un passereau bien connu de la famille des turdidés, au mélodieux chant flûté. Le mâle est entièrement noir avec un bec jaune orangé et un anneau jaune autour de l'œil (en hiver, le cercle devient plus brun et le bec légèrement plus sombre), tandis que la femelle adulte et le juvénile ont un plumage brun. Les pattes sont brun-noir.
Pourquoi le Merle noir... est-il noir ?


samedi 23 avril 2016

L'Amour

Michel Bozon, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), vient de publier Pratique de l’amour (Payot).
Propos recueillis par

Vous écrivez, citant Pierre Bourdieu, que vous ne voulez pas vous livrer au « plaisir de désillusionner, péché mignon du sociologue  ». Pourtant, vous envisagez l’amour comme un ensemble de pratiques ordinaires que vous décrivez avec une précision d’entomologiste. Cela ne correspond pas à l’idée romantique que nous nous faisons de l’amour.
Image Issue d'une série inspirée des textes de Gil Scott Heron.
Quand on est sociologue, il faut se confronter à des mythes. Par exemple, l’idée qu’amour et coup de foudre sont synonymes ou que l’amour naît spontanément d’une attirance. Remettre en cause cette illusion, comme je le fais, ce n’est pas dire que l’amour est une illusion, bien au contraire.
Je cherche simplement à comprendre comment une expérience aussi répandue introduit autant d’intensité dans nos vies, tant positivement que négativement. L’amour n’est le résultat ni d’une bienveillance, ni d’un désir irrépressible, ni des bons sentiments envers une autre personne. Il s’agit d’un processus très progressif dans lequel l’engagement de soi, la prise de risque et la recherche de réciprocité sont essentiels.
Vous convoquez des sources littéraires ou cinématographiques. Pourquoi  ?
C’est la littérature qui a contribué historiquement à inventer, ou du moins à formaliser les codes de l’amour – l’amour courtois, la poésie amoureuse, la préciosité, le libertinage, le romantisme, le surréalisme… C’est toujours par des lectures, des films, voire des chansons que nous apprenons à connaître et reconnaître l’amour. La littérature et le cinéma abordent l’amour comme une histoire inscrite dans une temporalité, faite de pratiques que l’on raconte et que l’on commente, comme le fait Roland Barthes dans Fragments d’un discours amoureux.
Vous décrivez l’amour comme « un ensemble de perturbations internes provoquées par quelqu’un d’autre  ». Pourquoi cherchons-nous autant à être perturbés  ?
La Rochefoucauld dit que si on est amoureux, c’est d’abord parce qu’on a entendu parler de l’amour, par les livres et par les conversations. L’amour est un passage obligé, en particulier pour les jeunes femmes, qui sont invitées à s’en soucier très jeunes – plus que les jeunes hommes. Elles sont incitées à devenir amoureuses, mais on fait tout pour qu’elles le fassent sans trop se livrer.
Dans les débuts amoureux, on s’abandonne, on s’expose et on prend des risques en livrant des informations sur soi dans l’espoir d’amener l’autre à le faire aussi. Il y a du pari, de la folie dans les premiers pas d’une relation amoureuse, car rien ne garantit qu’il y aura réciprocité.
Vous expliquez que la relation amoureuse connaît trois périodes  : la naissance, la stabilisation, le désamour. Mais c’est toujours celle des débuts qui est décrite comme étant le véritable amour. Qu’est-ce qui la caractérise  ?
Les débuts amoureux sont une période extrêmement excitante, comme un voyage de découverte. Ils reposent sur une intense dépense de soi, dans l’espoir d’exercer un pouvoir sur l’autre. C’est l’un des plus grands plaisirs recherchés dans l’amour, même si chacun prétend agir de façon altruiste. L’amour est un don, mais il ne procure du plaisir que s’il produit un effet sur l’autre. Il ne s’agit pas d’une force qui soumet, mais d’un pouvoir qui fait agir ou réagir. Il y a un plaisir à l’exercer, mais aussi à se laisser mener par lui.
Pendant cette période, la personne amoureuse se met en jeu personnellement. Cette remise de soi s’opère par ce que l’on révèle de soi  : les objets donnés, les lieux que l’on fait découvrir, les gens que l’on présente, le corps que l’on livre dans les contacts et dans la sexualité. Ce faisant, on espère provoquer un mouvement équivalent. Le cadeau amoureux des débuts est une bonne métaphore de l’amour naissant  : il n’est pas destiné à faire plaisir, mais à livrer quelque chose de soi.
Une des grandes évolutions de l’amour à l’époque contemporaine est le fait que la remise de son corps soit devenue une des toutes premières étapes du rapprochement amoureux, alors que naguère, c’était la touche finale de la constitution du couple. L’expérience de l’intimité est productrice d’une connaissance sensible considérée désormais comme indispensable.
Même si elle est porteuse d’un grand plaisir, cette circulation intense de biens et d’informations n’est pas soutenable à long terme, car elle est trop déstabilisante. Par ailleurs, à un moment, on n’a plus rien de nouveau à remettre de soi. Le voyage s’arrête. La relation amoureuse doit alors se redéfinir radicalement ou cesser. « La routine, c’est excellent, c’est même érotisant  ! »
Vous affirmez que la phase de stabilisation apporte du bonheur.
La routine, c’est excellent, c’est même érotisant  ! La stabilisation du couple consiste en la création d’un domaine commun, distinct des deux partenaires, mais relié à chacun d’eux, un domaine tiers. Cette sphère, comme l’a montré [le sociologue] Jean-Claude Kaufmann, s’appuie sur un environnement stable peuplé d’objets acquis en commun, et sur des habitudes communes.
Il crée un cadre de prévisibilité pour les comportements  : chacun sait ou croit savoir comment l’autre va se comporter. Cela se manifeste aussi dans le domaine de la sexualité. On connaît bien le scénario qui va être suivi et le corps de l’autre. C’est la période du couple où la sexualité connaît le moins de ratés. La sexualité du couple stable produit moins d’excitation mais plus de plaisir.
Contrairement à une idée très fréquente, vivre en couple, ce n’est pas nécessairement être amoureux. Quand on l’est, c’est de façon intermittente. La situation de deux partenaires qui ne vivent pas ensemble mais se retrouvent de temps en temps est une bonne métaphore de ce qui se passe dans un couple installé.
Il y a des moments de désengagement réduits à de la coopération conjugale ou du quant-à-soi. Les manifestations amoureuses prennent alors un caractère plus irrégulier et imprévisible  : soit de compréhension enchantée (brusquement on a l’impression de se comprendre sans mots), soit de célébration volontariste du passé amoureux, quand on a une activité commune «  en amoureux  ».
Vous évoquez une «  division du travail affectif  », qu’entendez-vous par là  ?
Dès les débuts du processus d’échange, une dissymétrie se manifeste entre femmes et hommes, qui instaure un style d’échange conjugal. Un type fréquent d’asymétrie affective est ce que j’ai appelé le modèle gestionnaire-utilisateur, dans lequel la femme se préoccupe systématiquement de l’entretien de la relation, et notamment de la conversation conjugale, alors que le partenaire masculin ne contribue que par sa présence, sa compétence ou son apport financier.
Cette présence silencieuse de l’homme ne doit pas être vue forcément comme une incompétence relationnelle  : cela peut être une forme de résistance à l’interdépendance amoureuse. Et le travail relationnel que la partenaire doit effectuer peut être aussi prenant qu’une tâche domestique !
Quand entre-t-on dans le désamour  ? Est-ce inéluctable  ?
Dans un essai sur l’amour, il peut sembler étrange de consacrer un chapitre au désamour. Cela ne veut pas dire qu’il soit inéluctable, ni même qu’il mène nécessairement à une séparation. C’est plutôt que le désamour est toujours présent dans la pensée des amoureux, comme figure négative. Dès les débuts, les différences de rythme et de contenu des remises de soi font qu’on s’interroge sur les intentions de l’autre  : pourquoi répond-il si lentement et si mal à notre parole, à nos dons  ? Le désamour proprement dit surgit quand la logique du don ne fonctionne plus, quand l’on se met à observer la relation et à faire les comptes. Si l’amour naissant est une énergie qui circule, le désamour est comme une batterie qui se décharge.
Contrairement à ce que l’on croit souvent, la mésentente sexuelle est rarement à l’origine du désamour, même si elle peut en être un des révélateurs. On délimite ses territoires et on n’en franchit plus les limites. Ce détachement amoureux ne doit pas être vu forcément de façon dramatique. Un échec conjugal n’est pas toujours un échec personnel. A une époque où l’amour est vécu plusieurs fois dans une vie, il faut se reprendre pour pouvoir se donner de nouveau.
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