- L'amer pour rentrer au port -

.
°.
° o.
.O . °
. ° . O . ¤ .
Affichage des articles dont le libellé est Calendrier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Calendrier. Afficher tous les articles

samedi 2 décembre 2017

Calendrier de l'Avent du Monde - 2ième

« Par un jour d’automne 1960 à Pékin, flottant dans un uniforme gris, coiffé d’une casquette de toile un peu trop large, un vieillard traverse la place Tiananmen pour se rendre dans la Cité interdite. Cette visite très spéciale de l’ancien palais impérial doit parachever la « rééducation » du prénommé « Henry ». Lequel, après avoir reconnu ses crimes, a obtenu d’être amnistié par le Grand Timonier. Franchissant la porte de la Paix-Céleste, un étrange sentiment saisit l’ancien matricule 981 : en ce lieu, un demi-siècle plus tôt, le 2 décembre 1908, il a été sacré empereur.
Quand, âgé de 2 ans, Puyi monte sur le trône du Dragon pour devenir le Fils du ciel, ses habits – le poids de l’étoffe – l’accablent déjà. L’enfant cherche en vain le regard des centaines de courtisans rituellement prosternés à ses pieds. Il frémit au son des canons de la valeureuse armée de Beiyang qui salue l’avènement du nouveau souverain. Son nom est alors proclamé par le prince régent Tchouen : il sera Xuantong, « vaste horizon ».
De l’Empire au jardin
Ironie du sort, l’empereur aura toujours souffert d’un manque de perspective… Alors qu’en 1908, au moment où est lancé un ambitieux programme de réformes constitutionnelles, tout est possible ou presque, sa vie ne sera qu’une succession d’échecs.
Déchu par la révolution républicaine de 1911, Puyi retrouve son titre en 1917, pour quelques jours seulement. Dans les années 1920, il devient le jouet des Japonais, qui l’enferment dans une prison dorée de la concession nippone de Tianjin, avant de le hisser, en 1932, sur le trône de l’Etat fantoche du Mandchoukouo. Arrêté par les Soviétiques en 1945, assigné à résidence en Sibérie, le dernier empereur est restitué à Mao, qui le « fait » jardinier.
En retenant la date de l’avènement de Puyi, l’histoire choisit la promesse de ce qui s’avérera un faux départ plutôt que la reconnaissance de l’œuvre accomplie par l’impératrice douairière Cixi, disparue deux semaines plus tôt et qui régna en maître sur l’empire du Milieu un demi-siècle durant. »

vendredi 1 décembre 2017

Calendrier de l'Avent du Monde - 1er

« Le 1er décembre 1832, la saison des poires était en avance. Un peintre à la carrière jusque-là modeste, Charles Philipon, lançait un hebdomadaire révolutionnaire, Le Charivari. La lithographie était une invention récente, la gravure sur bois de bout triomphait, la monarchie de Juillet promettait la liberté de la presse.
Philipon en profitait. Dans Le Charivari, hebdomadaire illustré, il publierait la première génération de ceux qu’on appelait désormais les caricaturistes : Daumier, Grandville, Gavarni, Monnier… Philipon lui-même connaissait un succès prodigieux en représentant le roi des Français, Louis-Philippe Ier, sous les traits d’une poire.
Jugez de la révolution : le profil du roi des Français, minutieusement reproduit sur toutes les pièces de monnaie, était abandonné au profit d’une image simplifiée à l’extrême, celle d’un fruit mou et rond dont la forme rappelait le corps de ces bourgeois ventrus auxquels le nouveau régime était identifié.
Puissance subversive du dessin
A ceux qui s’indignaient de ce que la révolution de juillet 1830 avait été faite pour des prunes, on répondait en riant qu’elle avait fait au moins le bonheur d’une poire. On imprimait des poires à des dizaines de milliers d’exemplaires. On en représentait sur les murs de toutes les villes de France. Le pouvoir parlerait bientôt de « campagne de l’irrespect ». La puissance subversive du dessin entrait dans l’âge industriel.
L’histoire des images allait se poursuivre, bien sûr, et la photographie serait un jour considérée comme une révolution plus importante encore.
Pourtant, le 1er décembre 1953, le lancement du magazine Playboy, avec Marylin Monroe en couverture, n’annonçait guère que des clichés érotiques, où les poires n’étaient qu’une forme de seins. 
Les images ne disent pas le tout de l’histoire, qu’aucun calendrier de l’avent ne résumera jamais. C’est sans image que, le 1er décembre 1955, Rosa Parks refusa de laisser sa place à un passager blanc dans un bus de Montgomery, en Alabama.  
Il est difficile de décrire le courage de cette femme. Ce qui est sûr, c’est qu’elle refusait d’être prise pour une poire. »


Source