... Dehors, le froid est douloureux comme le moment où nous nous séparons. '''
Je prends le 58, ce bus m’emmènera directement au centre de Paris. Devant le Luxembourg, je décide de descendre subitement. Bonne idée, je prends un petit café au Petit Suisse, comme au bon vieux temps, ça y est! ... j’ai découvert le goût qui m’intriguât tant, c’est une trace de cardamome (il me semble aujourd'hui) qui parfume ce nectar. La mémoire du goût est puissante comme celle les odeurs... il y a 23 ans , c'était hier!
Je reviens sur mes pas et décide brusquement de faire la queue au Musée du Luxembourg où est présenté la Collection Phillips (ouverte en 1921, 8 ans avant le MoMA). J'ai aperçu une très belle affiche... elle m'a capté. Quelle est-elle?... je la distingue maintenant, un belle reproduction du déjeuner des canotiers de Renoir. Il fait très froid mais stoïquement je patiente plus de 30mn. Heureusement, une belle récompense m’attends: un choc esthétique très intéressant.
Je suis très touché par le sens esthétique qui a déterminé Duncan Phillips dans ses choix, surtout dans la partie ancienne de sa collection. Daumier, Puvis de Chavannes, Delacroix, Courbet, Monet, Corot, Degas, Bonnard, Cézanne, Braque, Dufy, Gauguin, Ingres, Kandinsky, Kokoschka, Manet matisse, Picasso, Renoir, Rouault, Sisley, Van Gogh ,... Nicolas de Staël... Magique
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Selon Jean-Louis Prat, le Commissaire de l’exposition, le regard de Duncan Phillips semble confirmer cette citation d’André Malraux : « Le musée est formé des œuvres qu’on a pu réunir…mais il appelle d’une façon impérieuse tout ce qui lui manque : il est lui-même un appel, de par la confrontation qu’il impose.»
Or là, dans ces quelques tableaux réunis, j'ai ... l'impression qu'il ne manque rien. Je me glisse dans l'onde esthétique qui a dû parcourir Ducan Phillip, cet étranger, cet ancien qui devient si instantanément si familier, si contemporain.
Puis, tout à coup, triple choc, séisme improbable, ébranlement de la mémoire, je reste perplexe incrédule...

Oskar Koskoschka, cette toile 'Lac d'Annecy II' me plonge dans mon quotidien annécien mais aussi 23 ans en arrière... Les souvenirs du regard sont aussi puissants...
J'ai séjourné, convié par un ami, Freddy, dans la maison d'un grand collectionneur Wright Ludington. J'ai tout de suite aimé cette demeure accrochée sur les hauteurs idylliques de Montecito près de Santa Barbara en Californie. J'ai appris plus tard qu'elle avait été dessinée par l'architecte Lutah Maria Riggs. Wright Ludington s'y était replié au milieu de ses précieuses collections de peintures et de sculptures. Je naviguais , timidement et très impressionné au milieu de ce musée extrordinaire et ... dans la salle à manger ... simplement, il y avait le 'Lac d'Annecy I' de Kokoschka, majestueux, inoubliable...
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Quelques semaines plus tard, ma fille, Célia, est la recherche d'une oeuvre pour la commenter au collège. Elle choisit la reproduction du 'lac d'Annecy II' qui représente ce que nous voyons d'Annecy de chez nous, dans le catalogue de la collection Phillips. Je lui raconte mon histoire... elle ne s'arrête pas là!

Un mois passe, nous décidons d'aller rendre visite à Freddy à Salzbourg en Autriche. Il m'apprend le destin de la toile alter ego, 'Lac d'Annecy I' qui représente la vue de Talloires (un peu comme Cézanne). Wright Ludington lui a offert cette toile en remerciement de son dévouement à le servir, quand il lui raconta que nous avions, tous trois, Françoise, lui-même et moi, mangé à Talloires chez Bise peu après la naissance de Célia... Il a finalement vendu cette toile pour ... "manger" ...
Dernière coïncidence, Kokoschka a ouvert une "école du regard" à la fin de sa vie à Salzbourg...
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Je reprends le 58, traverse la Seine, prend en photo un couple d'amoureux italiens sur le pont neuf...