Les leçons du Héron et du Rat ....
Ne jamais rien dédaigner !
... Et surtout apprécier ce que l'on a !
Le HéronUn jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.Il côtoyait une rivière.L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;Ma commère la carpe y faisait mille toursAvec le brochet son compère.Le Héron en eût fait aisément son profit :Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre ;Mais il crut mieux faire d'attendreQu'il eût un peu plus d'appétit.Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.Après quelques moments l'appétit vint : l'oiseauS'approchant du bord vit sur l'eauDes Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieuxEt montrait un goût dédaigneuxComme le rat du bon Horace*.Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasseUne si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?La Tanche rebutée il trouva du goujon.Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron !J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façonQu'il ne vit plus aucun poisson.La faim le prit, il fut tout heureux et tout aiseDe rencontrer un limaçon.Ne soyons pas si difficiles :Les plus accommodants ce sont les plus habiles :On hasarde de perdre en voulant trop gagner.Gardez-vous de rien dédaigner ;Surtout quand vous avez à peu près votre compte.Bien des gens y sont pris ; ce n'est pas aux HéronsQue je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.
Le Rat des villes et le Rat des champsUn jour, un rat des champs reçut, dit-on, dans son pauvre trou un rat de ville : vieil ami il recevait un vieil hôte. Dur à lui-même et ménager de son bien, il savait toutefois se relâcher de ses habitudes étroites les jours d'hospitalité. Bref, il ne refusa ni les pois mis en réserve, ni l'avoine effilée; il apportait à la bouche le raisin sec, donnait des rogatons de lard quelque peu rongé, voulait par la variété des mets triompher des dégoûts d'un convive qui ne touchait à tout que du bout des dents ; et lui, l'amphitryon, étendu sur de la paille fraîche, il se contentait de grains de blé ou d'orge, et laissait à son hôte le meilleur des plats. Le citadin qui n'y tient plus :
« Quel plaisir trouves-tu, mon ami, à vivre si tristement sur le dos de ce bois escarpé ? Pourquoi ne pas préférer les hommes et la ville à cette forêt sauvage ? Crois-moi, viens avec moi. Puisque tout ce qui respire sur la terre n'a qu'une existence mortelle, puisque grands et petits ne sauraient échapper à la mort, profite du temps qui t'est accordé, mon cher; donne-toi du plaisir, sois heureux ; songe, hélas, songe à la brièveté de la vie. »
Ce discours ébranle notre campagnard, qui, d'un saut léger, s'élance déjà hors de son gîte. Les voilà tous deux trottant de concert vers la ville; ils veulent profiter de la nuit pour se glisser sous les murs. La nuit avait déjà parcouru la moitié de sa course céleste lorsque nos gens arrivent; ils vont s'installer dans une maison opulente où sur des lits d'ivoire brillaient des étoffes écarlates, où s'étalaient les restes abondants du magnifique souper de la veille, où l'on voyait dans un coin cent corbeilles amoncelées. Notre citadin a bientôt établi le campagnard sur un tapis de pourpre, et lui, bel et bien troussé, il va, vient, fait succéder les plats aux plats; attentif, alerte comme un valet de bonne maison, et goûtant le premier tout ce qu'il apporte. L'autre, mollement étendu, se loue fort de cet heureux changement de fortune, et, se voyant à pareille fête, se conduit en joyeux convive. Mais voilà que tout à coup un grand bruit de portes fait sauter notre couple en bas du lit. Et de courir, éperdus, par toute la chambre, pendant que du haut en bas la maison retentit des aboiements d'affreux molosses. Alors le campagnard :
« - Merci, dit-il, ce n'est pas là la vie qu'il me faut. Adieu, ma forêt et mon trou, où j'ai la sécurité, me consoleront de mes pauvres lentilles. »
Horace
Satire, II, VI, 80-117
Source : Horace. (cosmovisions.com)
Une autre belle leçon de conduite venue du passé mais toujours d'actualité.

j'ai hâte de retrouver les ilots autour du lagon et plonger dans l'eau à 30°C...
A 64 ans j'y ai même fait mon premier tour dans une grande roue !
impensable, non ? 

























