« Vivre c'est perdre son temps » ...
Il paraîtrait que cette phrase est de Jorge Luis Borges.
On n'a qu'une vie ... il n'y a donc pas de temps à perdre, il faut se lever tôt et se coucher tard, ne pas perdre un minute, être efficace, etc. etc.
Balivernes ...
Pourquoi se presser quand tout est perdu. Ce constat nous console un peu quand nous perdons notre temps. Mais il est aussi possible de perdre son temps en essayant de renverser son cours. J'aime figer l'instant dans une réflexion et mettre tout sans dessus dessous, c'est à dire mettre dessus ce qui était dessous. Faire du neuf avec un fatras de notes, de mots, de vieilles idées. J'ai ainsi l'impression de progresser, avec un cheminement de fil en aiguille qui me permet de faire le point dans un drôle de rendez-vous avec moi-même. Cette façon de penser est très similaire à la façon dont je passais goulûment d'un nom propre à un nom commun, d'une page à l'autre, dans le dictionnaire Quillet illustré que m'avais offert mes grands parents paternels il y a 50 ans et que je conserve encore précieusement relié en cuir bleu maintenance. En général, je perds beaucoup de temps, tant pis !
De toute façon, le temps passe et comme la marée emporte les châteaux de sable, les vies s'engouffrent avec l'univers dans un puits sans fin ... les étoiles ont aussi une fin.
Bing bang ou bang bang, peu importe.
Et pourquoi devrait-on bien gagner sa vie quand on n'aurait qu'à perdre son temps ? L'illusion d'une existence bien remplie, non quand c'est terminé, c'est terminé ! - seule certitude - mais le défi de se perpétuer, l'impériosité animale de se reproduire !
Finalement est-il sage de continuer à le faire quand le Climat et la Planète sont menacés ? L'homme, avec toute la puissance de ses pensées, de ses techniques, de ses organisations, de ses croyances, est face à un Monde qui s’apprête au chamboulement de l'anthropocène. Un Monde terrestre restreint dans un Univers infini, c'est paradoxale. Le temps nous manquera, sauf à devenir des marmottes, pour passer de notre planète consumée à une autre potentiellement accueillante.
Foin de la
COP21, le destin semble devenir chaque jour plus sinistre. Cette conférence rassemblera-t-elle des édiles frivoles, versatiles et aveugles ou le contraire de brillants responsables ? L'alternative qui permettrait de prolonger le bien-être pour tous et non plus de quelques uns seuls, est à souhaiter. Partager les Ressources et le Climat semble a priori une gageure politique, car ce ne sont pas des sentiments que l'on peut partager sans s'appauvrir.
Vivre pour continuer de mourir.
Dans quelles conditions ?
Telle est la question !
On annonce plus d'un million et demi de migrants cette année - Jules Vernes aurait-il été visionnaire ? Le choc géopolitique actuel devrait amplifier les inquiétudes car ce ne sont pas les conditions climatiques mais la folie humaine qui provoque ces mouvements de foule désespérée qui nous laissent pantois et individuellement désemparés.
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Jules Vernes - Les Voyages extraordinaires - Sans dessus dessous fin du 16ième chapitre, p. 116 |
La sagesse voudrait qu'il faille aimer ce que l’on a et se passer de ce que l’on n’a pas, tandis que la frivolité intime le contraire, de se passer de ce que l'on a déjà, mais de trouver nécessaire ce que je l'on n'a point (Octave Feuillet dans ses Scènes et Proverbes dit la même chose - Merci Wiki).
Que chacun perde son temps à sa façon, voilà la liberté.
Mais la triste réalité des migrants en fuite éperdue, bouscule cette déclaration égoïste. L'Homme est un animal grégaire et les choix sociétaux domineront les choix individuels. Nous n'aurons probablement plus la liberté de faire ce que l'on veut, pour la sauvegarde des générations futures. Le XIXième et le XXième sont révolus. Il est probable que de nouveaux Robespierre voudront rétablir la barre et beaucoup de tête, même les plus dignes de respect comme celle de Lavoisier, devront tomber.
Et pourtant la fin est toujours la même, abandonné anonymement, en cendre ou enterré, dans un des cimetières publiques du vulgaire péquin ou au Cimetière des Rois très v.i.p. à Genève simplement comme Borges , ou avec une stèle comme à côté d'Augustin Pyrame de Candolle, le célèbre botaniste genevois sous l'oeuvre d'un autre célèbre citoyen, James Pradier (un sculpteur que j'adore et dont j'ai une belle statue). Et dans ce lieu très prisé, une tombe ne permet plus de distinguer le génie. La mémoire seule perpétue les bribes qui permettront la révérence que pourront faire les générations futures.
Mais qu'importe les jugements au bout du compte,
quand le respect de soi-même et les idéaux généreux qui nous incarnent,
auront dirigés nos vie.