- L'amer pour rentrer au port -

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vendredi 5 août 2011

Franchement, vive le français !

Dans le Figaro, sous la rubrique du BONHEUR D'ÊTRE FRANÇAIS François HAUTER nous a concocté un condensé à la mode du jour pour le langage. C'est drôle.
L'évidence est bien là, l'anglais a bien envahi notre langage quotidien et s'immisce dans les expressions. Je trouve cela si naturel au regard de l'Histoire. Ce n'est que rarement désolant quand la grammaire et la syntaxe sont respectées. On pourrait ré-orthographier à la française, ces nouveaux idiomes qui enrichissent notre dictionnaire mais l'on perdrait le fil conducteur du sens et de l'origine du mot ... Il faudra donc s'adapter et garder l'oreille attentive !
Mais je ne suis pas d'accord avec lui pour accabler les jeunes de cette mode jargonnière. Les moins jeunes, souvent plus ridicules encore, réutilisent les mêmes expressions (pour faire d'jeuns) avec plus de maladresse ! Et ce que je regrette, tout comme lui, c'est le recul de notre langue qui s'accélère à l'étranger...

« Jeudi, c'est la séance du dictionnaire, à l'Académie française. J'aurais aimé pouvoir y assister, mais un éminent membre de cette assemblée m'indique que les curieux de la langue française n'y sont pas admis. Tans pis pour ce club vénérable.

De l'autre côté du pont des Arts, passé le Louvre, je suis reçu dans un cabinet de relations publiques spécialisé dans la mode. Autour d'une table, des jeunes gens cool (détendus), tous avec un bon look (un style) discutent relax (calmement). Le sujet? Le voyage de presse d'une marque française, dans un endroit de rêve, pour lancer à grands frais un it-bag (un sac branché, celui qu'il faudra avoir). La discussion est animée : - Ce journaliste, on le fly (organiser les vols et régler les billets d'avion) depuis Hongkong, et celui-là depuis Londres. Un Américain se fly tout seul. Les autres, vous vous en occupez les filles? - Et pour l'after (le souper, ou le night-club), que fait-on? Surtout pas La Garçonnière, c'est 100% gay-friendly (homosexuels) et trop cheap (ordinaire) depuis un mois! - Ce serait pas smart (malin)! Le boss est un serial noceur (un play-boy), il veut des girls (des filles). - Qui sera le spoke person (celui ou celle que l'on interviewera sur l'événement) sur ce voyage? On va faire un maximum de buzz (bourdonnement, une nouvelle qui fait du bruit) sur ce lancement! - Il faut gifter (faire un cadeau) les journalistes chinois? Sans être complètement out (plouc), parfois je suis border (limite) j'ai du mal à suivre, parce qu'ils speedent (ils vont vite). J'apprends que «se faire un bbm», c'est un chat (une conversation) sur BlackBerry (la marque des yuppies), cela permet de drafter (ébaucher) un texte à plusieurs, de checker (vérifier) une liste, de switcher (intervertir) des places à table, en remplaçant à la table VIP un second grade (un journaliste sans grande importance) par une fille cute (mignonne) qui vient de s'annoncer. Forcément une it-girl (une fille branchée qui s'étale dans les pages people des magazines) sexy qui s'est fait connaître par son cross dressing (son style homme-femme) génial. Avec ses it-shoes (ses chaussures tendance), elle a un look (une allure) pas possible. «Allez, on speede! Je suis surbookée!» Après une demi-heure, Erin, la directrice, se lève, elle en a assez: elle sort de la salle en m'entraînant derrière elle. «Viens, me dit-elle, on va se faire un drink (un verre). Ça devient border (limite), cette réunion. Et puis tu sais, quelqu'un qui ne skype (saute) pas les réunions boring (ennuyeuses) est un loser (un perdant) dans la vie. Allez, on speede (presse), je suis surbookée (débordée).» Erin m'explique que ce voyage sera hard (dur), parce que l'attachée de presse qui les attend à la destination idyllique est une bitch (une prostituée, c'est-à-dire une peau de vache), mais qu'elle a une bonne maîtrise du print (la presse écrite) et du Web (l'Internet) locaux. Bref qu'en s'e-maillant (s'envoyer des courriels), le voyage devrait être au top, et vintage (le contraire de ringard). Nous avalons un verre d'eau: Erin me quitte, elle a un shopping (des courses) urgent, l'on se promet un before (un apéritif) un de ces jours. En sortant, je reçois un SMS d'Erin: «H&K, Erin» (hug and kiss, je te serre dans mes bras et t'embrasse). J'achète quelques magazines féminins. Je tombe sur ces titres: «Vingt tics fashion pour être au top». Ou: « Pump up the basics : booster un indémodable, ce n'est parfois qu'une histoire de mix». Ou: « La fashion week vire au bad trip!». J'oubliais: « Les tops se damneraient pour intégrer la tribu select des angels»…

Je n'en crois pas mes yeux: où suis-je? En plein cœur de Paris. C'est trop trash (nul): j'imagine la tête des seniors, à l'Académie française! »

Que dans les entreprises multinationales, l'anglais soit la langue de travail est navrant mais c'est aussi tout simplement significatif de la puissance de ces mêmes entreprises qui pensent être au-dessus des lois de la terre qui les accueille (mais il vaut mieux qu'elles restent chez nous plutôt que d'aller ailleurs pour nos cadres supérieurs). Ce que je regrette le plus , c'est que la langue officielle du 'petit monde économique' européen ne publie les rapports économiques qu'en anglais car le jargon des économiste est très très abscons même pour ceux qui se débrouillent bien en anglais ! L'Europe n'est pas anglaise, à l'évidence de l'histoire de sa construction. Bon, il faut bien admettre que devant notre méconnaissance des autres langues, il peut être si facile de parler en anglais, comme lingua franca ! avec des locuteurs de langue romane comme les Italiens et les Espagnols.
Je fais partie du groupe qu'il qualifie d'optimiste. La linguistique devrait être enseignée comme l'histoire au Lycée. Nous gagnerions tous à connaître les échanges très anciens qui ont servit à constituer chacune des langues européennes. On assiste avec les emprunts actuels à l'anglais à un "juste retour des choses: après la conquête de l'Angleterre par les Normands, la Cour à Londres s'est exprimée plusieurs siècles durant en français. L'anglais s'est ensuite détaché, formé, à partir de ce français médiéval et de l'allemand." Ce retour aux sources est presque comique : comme pour l'exemple qu'il cite «interview» venant d'«entrevue».
J'applaudis quand il dit que :
"Jusqu'au siècle dernier, ils attiraient les enfants des élites des pays où ils étaient installés, qui leur préfèrent maintenant des écoles américaines ou britanniques. Pour inverser ce flux, et rendre à ces lycées le pouvoir d'attraction qu'ils avaient jadis, il serait intelligent d'y enseigner intensivement aussi l'anglais, puisque personne ne peut plus se passer de cette langue dans le monde moderne des affaires. L'expérience est tentée à Bruxelles, le lycée français est devenu bilingue. Un jeune sortira de cette école en parlant l'anglais. Et aussi bien le français ! Surfer sur l'engouement des étrangers pour l'anglais, en utilisant nos lycées pour y accrocher le français, serait plus intelligent que de camper sur des positions de principe qui mènent au déclin."
et qu'il faudrait :
''offrir ces programmes (francophones) à des bouquets de chaînes TV locales" pour nourrir l'attractivité du français par des moyens audiovisuels efficaces et que grandisse la sphère déjà très diverseet étendue des 300 millions de locuteurs du français.

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