Franchement, vive le français !
« Jeudi, c'est la séance du dictionnaire, à l'Académie française. J'aurais aimé pouvoir y assister, mais un éminent membre de cette assemblée m'indique que les curieux de la langue française n'y sont pas admis. Tans pis pour ce club vénérable.
De l'autre côté du pont des Arts, passé le Louvre, je suis reçu dans un cabinet de relations publiques spécialisé dans la mode. Autour d'une table, des jeunes gens cool (détendus), tous avec un bon look (un style) discutent relax (calmement). Le sujet? Le voyage de presse d'une marque française, dans un endroit de rêve, pour lancer à grands frais un it-bag (un sac branché, celui qu'il faudra avoir). La discussion est animée : - Ce journaliste, on le fly (organiser les vols et régler les billets d'avion) depuis Hongkong, et celui-là depuis Londres. Un Américain se fly tout seul. Les autres, vous vous en occupez les filles? - Et pour l'after (le souper, ou le night-club), que fait-on? Surtout pas La Garçonnière, c'est 100% gay-friendly (homosexuels) et trop cheap (ordinaire) depuis un mois! - Ce serait pas smart (malin)! Le boss est un serial noceur (un play-boy), il veut des girls (des filles). - Qui sera le spoke person (celui ou celle que l'on interviewera sur l'événement) sur ce voyage? On va faire un maximum de buzz (bourdonnement, une nouvelle qui fait du bruit) sur ce lancement! - Il faut gifter (faire un cadeau) les journalistes chinois? Sans être complètement out (plouc), parfois je suis border (limite) j'ai du mal à suivre, parce qu'ils speedent (ils vont vite). J'apprends que «se faire un bbm», c'est un chat (une conversation) sur BlackBerry (la marque des yuppies), cela permet de drafter (ébaucher) un texte à plusieurs, de checker (vérifier) une liste, de switcher (intervertir) des places à table, en remplaçant à la table VIP un second grade (un journaliste sans grande importance) par une fille cute (mignonne) qui vient de s'annoncer. Forcément une it-girl (une fille branchée qui s'étale dans les pages people des magazines) sexy qui s'est fait connaître par son cross dressing (son style homme-femme) génial. Avec ses it-shoes (ses chaussures tendance), elle a un look (une allure) pas possible. «Allez, on speede! Je suis surbookée!» Après une demi-heure, Erin, la directrice, se lève, elle en a assez: elle sort de la salle en m'entraînant derrière elle. «Viens, me dit-elle, on va se faire un drink (un verre). Ça devient border (limite), cette réunion. Et puis tu sais, quelqu'un qui ne skype (saute) pas les réunions boring (ennuyeuses) est un loser (un perdant) dans la vie. Allez, on speede (presse), je suis surbookée (débordée).» Erin m'explique que ce voyage sera hard (dur), parce que l'attachée de presse qui les attend à la destination idyllique est une bitch (une prostituée, c'est-à-dire une peau de vache), mais qu'elle a une bonne maîtrise du print (la presse écrite) et du Web (l'Internet) locaux. Bref qu'en s'e-maillant (s'envoyer des courriels), le voyage devrait être au top, et vintage (le contraire de ringard). Nous avalons un verre d'eau: Erin me quitte, elle a un shopping (des courses) urgent, l'on se promet un before (un apéritif) un de ces jours. En sortant, je reçois un SMS d'Erin: «H&K, Erin» (hug and kiss, je te serre dans mes bras et t'embrasse). J'achète quelques magazines féminins. Je tombe sur ces titres: «Vingt tics fashion pour être au top». Ou: « Pump up the basics : booster un indémodable, ce n'est parfois qu'une histoire de mix». Ou: « La fashion week vire au bad trip!». J'oubliais: « Les tops se damneraient pour intégrer la tribu select des angels»…
Je n'en crois pas mes yeux: où suis-je? En plein cœur de Paris. C'est trop trash (nul): j'imagine la tête des seniors, à l'Académie française! »


























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