Louxor - Thèbes
C'est un peu l'exploit du voyage, traverser en convoi la chaîne de montagne qui ressemble à Chocolate Mountain de la Sierra californienne. C'est un tour de l'histoire. Rien de plus simple que d'organiser une caravane pour sécuriser ses passagers. L'archaïsme a du bon!
Lorsque nous sommes arrivés dans la vallée du Nil, toujours en convoi, avec à chaque intersection un homme en arme, un policier ou un militaire qui bloque la circulation adjacente. Les autochtones regardent passer ce convoi comme une distraction. Un peu comme si nous étions des martiens. Il faut bien admettre que la vie rurale semble d'un simple coup d'oeil, encore très ancestrale et sans opulence.
Les champs cultivés avec soin s'étale de chaque côte de la route. La canne à sucre est cultivée abondamment. La route droite et en bon état longe un canal qui est probablement une dérivation du Nil. Enfin Thèbe la glorieuse cité apparait! L'agglomération de Louxor se densifie puis tout d'un coup, surgit le passé, au milieu d'un fatras de construction, un peu comme un cheveu sur la soupe. L'immersion est brutale, le temple de Karnak apparaît un peu tassé sur lui-même. Tout d'abord je suis désarçonné par le manque de recul. La vision du site tel qu'il apparaissait au XIXième est oubliée. <*>
L'allée de criosphinx (sphinx à tête de bélier) ouvre l'accès au temple d'Amon. L'animal sacré du dieu Amon-Rê présente, sous son museau, le cartouche de Ramsès II.
Et rapidement en se rapprochant, l'effet grandiose des pylônes (30 mètres de haut) et des colonnes s'impose avec force. Le premier pylône n'a pas été terminé. Les résidus du remblai qui a permis l'édification, sont encore visibles. On peine à imaginer un peu le travail herculéen des bâtisseurs... 2.000 de travail sous toutes les dynasties.
Passé le deuxième pylône, la salle à hypostyle dont les 12 plus hautes colonnes étaient éclairées par des claustras encore visibles qui surplombaient le plafond de pierre massif indestructible. Incroyable... C'est l'oeuvre de Séthi Ier et de son fils Ramsès II.
Dans la cour du VIe pylône, deux piliers carrés en granit rose sont décorés pour évoquer les royaumes de Basse et de Haute-Égypte.
au sud, le "lys", la plante héraldique de Haute-Égypte,
au nord, le papyrus, la plante héraldique de Basse-Égypte
Le sanctuaire reposoir de la barque d'Amon (une des salles abritait la barque portative du dieu Amon) est un monument en granit. Des scènes rituelles d'offrandes avec la barque sacrée d'Amon sont presque intactes malgré l'exposition solaire depuis des millénaires.
Le lac Sacré (120 sur 77 mètres) permettait les rituels de purification et d'offrandes. L'eau est un des éléments important de la cosmogonie égyptienne. De plus, un 'nilomètre' (dans l'angle nord-ouest du lac) servait à mesurer la hauteur des crues du Nil.
La reine Hatchepsout qui se voulait Pharaon, fit ériger des obélisques de 30m dont un subsiste encore intact. Seule sa partie supérieure a été décolorée par le soleil. Thoutmosis II, son neveu dont elle assura la régence à la mort de Thoutmosis I, avait caché dans un coffrage, en représailles après la mort de sa marâtre, sa base qui a gardé sa couleur d'origine. L'obélisque gémellaire repose, brisé, sur le sol dans une cours à l'ouest.
Thoutmosis III fit aussi bâtir l'Akh-menou après la régence de sa mère. Une des salles dite la "salle des fêtes", c'est un des édifices les mieux conservés de Karnak. Sa polychromie nous permet d'imaginer l'ambiance décorative antique. Le naos du dieu Amon reposait au fond de cette pièce.
Au IVe siècle, cette salle fut aménagée en église par les coptes. La représentation de plusieurs saints de l'Église copte subsiste. La croix avait été constituée à partir d'un triptyque de statue dont seule la statue centrale avait été conservée intégralement.
Une statue monumentale de scarabée représente Rê-Khepri, le soleil levant ou l'aube. Cet animal représente aussi le symbole de la fertilité. Son piédestal a la forme d'un cartouche pour lui associer l'idée d'éternité.
Encore édifié par Thoutmosis III, le VIIe pylône est bâti en grès alors que sa porte est en granit rose. Devant le pylône, quatre colosses en granit rose encadrent sa porte.
Si le temple de Karnak a abrité une église copte, celui de Louxor que nous n'avons aperçu qu'en passant en voiture semble avoir été transformé en mosquée puisqu'un minaret reste érigé.
Nous prenons notre repas au bord du Nil.
Le ballet des felouques et des vapeurs retient toute notre attention. Et surtout, nous avons la chance de pouvoir admirer le vieux vapeur 'Soudan' dont la machinerie est encore d'origine!
Après avoir traversé le fleuve sacré, nous gagnons la nécropole thébaine.
Nous visitons au pieds de la majestueuse montagne dans la vallée des rois ...3 tombeaux, celui de Rhamsès I, IX et Thoumtmosis (la 7).
Un peu plus au sud, nous faisons une halte au temple de la reine Hachepsout. Le site est grandiose. Le temple en l'honneur de la Reine a été taillé dans la montagne. C'est son amant, l'architecte Senenmout, qui dirigea les travaux. Les archéologues polonais ont quasiment reconstruit ce temple. C'est très visible, un peu trop...
Mais certains détails intacts sont ainsi mieux exposés.
Les fresques sont une véritable B.D. qui raconte l'expédition maritime glorieuse au Pays du Pount d'où fut ramené un grand nombre d'arbre à encens nécessaire pour les cérémonies religieuses.

En revenant vers le Nil, après avoir dépassé le temple de Rhamsès II avec ses silos à grains, une autre monumentale splendeur nous attend. Les colosses de Memnon qui flanquaient l'entrée du temple d'Aménophis III détruit par un tremblement de terre.
A coté de ces prodigieuses statues, la vie quotidienne suit son cours et nous rappelle que la splendeur passée a été construite par un peuple dont la culture a été confisquée par arabisation.


























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