Tourisme ...une Extension inattendue du Romantisme
"Et le voyageur devint touriste
Ecrivains et aristocrates ont la bougeotte: ils voyagent pour le bon plaisir, créant une nouvelle pratique. C'est le début de la société des loisirs Le soleil de la Riviera, les bains de mer en Normandie, le bon air des Alpes ? Des inventions du XIXe siècle, pardi ! Certes, l'aristocratie européenne a longtemps pratiqué le tourisme - vocable qui n'apparaîtra qu'en 1830 - sans le savoir. La haute société anglaise, mais aussi quelques seigneurs du Saint Empire ou de la Moscovie parcouraient des sites obligés de France et d'Italie - hauts lieux de l'Antiquité, ou villes et palais des temps modernes - avant de se retirer sur leurs terres jusqu'à ce que mort s'ensuive. On nommait cela «the Tour» ou «le Grand Tour». Mais ce n'est qu'à la fin des guerres de l'Empire que le phénomène prend de l'ampleur. Désormais, on pratique l'art de voyager pour son seul agrément, sans but mystique ou humaniste, juste pour le plaisir. Entre-temps, Rousseau, puis Senancour, le préromantisme, puis Lamartine auront contribué à créer une nouvelle sensibilité dans les classes cultivées et oisives. La nature est devenue sujet d'admiration ou d'attendrissement. Et la contemplation de ces montagnes, qu'on qualifiait jusque-là d'effroyables, est désormais propre à susciter des larmes d'émotion. Les Genevois découvrant «Chamouni» et le glacier du mont Blanc y font accourir toute l'Europe intrépide. Avec un si grand succès qu'en 1885 Alphonse Daudet dresse, dans «Tartarin sur les Alpes», un portrait comique et féroce de la Suisse chère aux «Miss» et aux «Fräulein».
Bien des écrivains ont participé à l'essor du tourisme ou à sa condamnation. Il n'est pas un Chateaubriand, un Hugo, un Gautier, un Dumas, un Stendhal ou un Mérimée qui n'ait publié son récit de voyage. Si le romantique pleure désormais d'émotion devant les sommets et les gouffres vertigineux et se pâme au pied des torrents, il frissonne face au sombre mystère des forteresses médiévales, s'enflamme dans une cathédrale gothique et se consume devant Carcassonne ou Avignon. A cela s'ajoutent la vogue accrue des villes d'eau, rendez-vous mondains de l'Europe élégante, et ce «tourisme de santé», qui plus tard verra une jeunesse fortunée tenter de guérir sa tuberculose sur la Riviera française et bien souvent en peupler les cimetières. De ce fait, la géographie du tourisme a été bouleversée. Désormais, et cela est concomitant avec l'apparition du réalisme paysager dans la peinture, la Provence, les vallées du Rhin et de la Loire, la Savoie et la Suisse, ou la région de Pau sont aussi au coeur de l'action. S'y greffe la mode des stations balnéaires, née en Grande-Bretagne, à Bath ou Brighton. Une mode qui touche les côtes françaises de la mer du Nord lancée par la duchesse de Berry sous la Restauration, qui s'étend à la côte basque sous le Second Empire avec l'impératrice Eugénie, avant de s'épanouir bien plus tard sur ce qui allait s'appeler tardivement la Côte d'Azur, qu'on ne prisa réellement qu'en hiver jusque dans les années 1930. Quant aux villes d'eau, Spa, Baden-Baden, Aix-en-Savoie, Vichy, où l'on séjourne en été, elles supplantent en mondanités les stations hivernales comme Nice, qui ne prendront leur revanche qu'à la fin du siècle.
Et le chemin de fer ? Il ne fait qu'amplifier une humeur vagabonde et étendre le vivier de touristes jusqu'aux confins de l'Europe. Grands-ducs et princes russes, comtes polonais, barons baltes, princes allemands et sujets Scandinaves suivent les Anglais et colonisent la Riviera. Quant aux Espagnols, ils feront incursion à Biarritz. C'est alors qu'apparaissent à profusion ces guides touristiques, moins littéraires et plus pratiques que jadis, qui préfigurent ceux que nous connaissons aujourd'hui. Ce n'est pas la bourgeoisie laborieuse et marchande qui songe à s'enrichir et ne connaît de villégiature que près de son lieu de résidence, mais bien une société plus huppée, vivant de ses propriétés ou de ses rentes, et cherchant à se distinguer, qui, d'octobre à mars, occupe les grands hôtels de Nice, Hyères, Cannes ou Menton. Avec pour hérauts l'ensemble des souverains des pays à frimas et d'Europe centrale, au premier rang desquels l'impératrice Elisabeth d'Autriche qui pousse jusqu'à la frénésie sa passion des voyages. Eté dans les Alpes, les Pyrénées, les villes d'eau, ou sur la côte atlantique, hiver sur la Riviera : pour longtemps le tourisme mondain a assigné à la France ses quartiers.
Les gares, qui ressemblent à des temples, et ces hôtels, paraissant des palais, offrent dès le milieu du siècle un confort inégalé jusque-là... Il fallait, au XVIIe siècle, trois semaines à Madame de Sévigné pour aller de Paris à Grignan. Il ne faut plus, dès le Second Empire, que trois ou quatre jours pour venir oublier à Nice les glaces de Saint-Pétersbourg"
Bien des écrivains ont participé à l'essor du tourisme ou à sa condamnation. Il n'est pas un Chateaubriand, un Hugo, un Gautier, un Dumas, un Stendhal ou un Mérimée qui n'ait publié son récit de voyage. Si le romantique pleure désormais d'émotion devant les sommets et les gouffres vertigineux et se pâme au pied des torrents, il frissonne face au sombre mystère des forteresses médiévales, s'enflamme dans une cathédrale gothique et se consume devant Carcassonne ou Avignon. A cela s'ajoutent la vogue accrue des villes d'eau, rendez-vous mondains de l'Europe élégante, et ce «tourisme de santé», qui plus tard verra une jeunesse fortunée tenter de guérir sa tuberculose sur la Riviera française et bien souvent en peupler les cimetières. De ce fait, la géographie du tourisme a été bouleversée. Désormais, et cela est concomitant avec l'apparition du réalisme paysager dans la peinture, la Provence, les vallées du Rhin et de la Loire, la Savoie et la Suisse, ou la région de Pau sont aussi au coeur de l'action. S'y greffe la mode des stations balnéaires, née en Grande-Bretagne, à Bath ou Brighton. Une mode qui touche les côtes françaises de la mer du Nord lancée par la duchesse de Berry sous la Restauration, qui s'étend à la côte basque sous le Second Empire avec l'impératrice Eugénie, avant de s'épanouir bien plus tard sur ce qui allait s'appeler tardivement la Côte d'Azur, qu'on ne prisa réellement qu'en hiver jusque dans les années 1930. Quant aux villes d'eau, Spa, Baden-Baden, Aix-en-Savoie, Vichy, où l'on séjourne en été, elles supplantent en mondanités les stations hivernales comme Nice, qui ne prendront leur revanche qu'à la fin du siècle.
Et le chemin de fer ? Il ne fait qu'amplifier une humeur vagabonde et étendre le vivier de touristes jusqu'aux confins de l'Europe. Grands-ducs et princes russes, comtes polonais, barons baltes, princes allemands et sujets Scandinaves suivent les Anglais et colonisent la Riviera. Quant aux Espagnols, ils feront incursion à Biarritz. C'est alors qu'apparaissent à profusion ces guides touristiques, moins littéraires et plus pratiques que jadis, qui préfigurent ceux que nous connaissons aujourd'hui. Ce n'est pas la bourgeoisie laborieuse et marchande qui songe à s'enrichir et ne connaît de villégiature que près de son lieu de résidence, mais bien une société plus huppée, vivant de ses propriétés ou de ses rentes, et cherchant à se distinguer, qui, d'octobre à mars, occupe les grands hôtels de Nice, Hyères, Cannes ou Menton. Avec pour hérauts l'ensemble des souverains des pays à frimas et d'Europe centrale, au premier rang desquels l'impératrice Elisabeth d'Autriche qui pousse jusqu'à la frénésie sa passion des voyages. Eté dans les Alpes, les Pyrénées, les villes d'eau, ou sur la côte atlantique, hiver sur la Riviera : pour longtemps le tourisme mondain a assigné à la France ses quartiers.
Les gares, qui ressemblent à des temples, et ces hôtels, paraissant des palais, offrent dès le milieu du siècle un confort inégalé jusque-là... Il fallait, au XVIIe siècle, trois semaines à Madame de Sévigné pour aller de Paris à Grignan. Il ne faut plus, dès le Second Empire, que trois ou quatre jours pour venir oublier à Nice les glaces de Saint-Pétersbourg"
N°2250



























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