- L'amer pour rentrer au port -

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mercredi 2 septembre 2009

Laurent de La Hyre

Paris, 27 février 1606 – 28 décembre 1656
Dans l’art français du temps de Louis XIII et de la régence d’Anne d’Autriche, Laurent de La Hyre fait figure isolée : car c’est le seul peintre d’histoire parisien important qui, avant Le Sueur, ne soit pas allé étudier en Italie (ou venu déjà formé dans le Nord, comme un Champaigne). ... ... les quatre pièces de la « Petite suite mythologique » ne doivent pas dépasser 1626 et sont déjà des chefs-d’œuvre par l’alliance délicate entre les nus et la nature comme par la subtilité de la pointe. Parallèlement, le jeune La Hyre s’exerce à la peinture. Quelques tableaux retrouvés montrent qu’il est d’abord attiré par l’« école de Fontainebleau » : c’est le cas pour le bel Hercule et Omphale du musée de Heidelberg, acquis en 1958 sous une attribution au Primatice… Puis, sans qu’il ait quitté Paris, son intérêt se porte sur la « manière brune » ... (Puis) se réinstalle à Paris, La Hyre va participer à ce qu’on a nommé le « romantisme du temps de Louis XIII » par un art réaliste, mais très clair et coloré. ... Dans les années qui suivent (1639-1645) cet art va peu à peu se décanter, devenir à la fois plus ambitieux et plus raffiné : ainsi pour la grande toile des Habitants de Sodome peinte pour le chancelier Séguier (musée du Louvre). ... En dépit d’une maladie grave – sans doute vers la fin de 1645 – qu’il parvient à surmonter, mais qui reprendra le dessus à la fin de 1655, La Hyre, héroïquement, continue à peindre. C’est même alors qu’il atteint au sommet de son art. L’Allégorie à la gloire de la Régence (1648, Louvre, en dépôt à Versailles) pousse au plus haut les contrastes de couleurs et l’harmonie des formes. La suite (dispersée) des Allégories des arts libéraux (1649-1650) compte parmi les décors profanes les plus inspirés du siècle. En même temps, il évoque la nature avec une subtilité qui le place en ce domaine du paysage tout près de Claude (Paysage au joueur de flûte, Lille, musée des beaux-arts), et sa science de la composition et de l’expression, sans s’inspirer nullement de la Manne de Poussin, peut elle aussi se comparer à celle de ce dernier (la Mort des enfants de Bethel, Arras, musée des beaux-arts, 1653). En dépit d’une obésité croissante, il parvient encore à brosser de très grandes toiles (la Descente de croix, Rouen, musée des beaux-arts, 1655, 4,80 m de hauteur). L’œuvre s’achève sur deux tableaux d’un dépouillement et d’une force d’expression tout exceptionnels, peints pour la Grande-Chartreuse de Grenoble en 1656 : l’Apparition du Christ aux pélerins d’Emmaüs et l’Apparition du Christ à la Madeleine (aujourd’hui au musée des beaux-arts de Grenoble). Il faut ici relever un trait peu commun. La réhabilitation de Laurent de La Hyre à partir de 1950 ne fut pas seulement un fait d’érudition. La grande exposition de Grenoble souhaitée et organisée en 1989 par Serge Lemoine (et présentée aussi à Bordeaux et à Rennes) montra que le goût du public avait profondément évolué. ... Jacques Thuillier - professeur au Collège de France

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