Minorités et Marches
L'évolution de la diplomatie turque ne laisse présager rien de bon pour les minorités de Syrie. Le premier ministre turque pousse ses pions et n'hésite pas à interférer directement dans le rapport de force régional. En retour la Syrie a modifié sa position par rapport aux Kurdes.
Les ficelles de la coercition du passé vont elles être tirée de façon similaire ?

En 1939 la Turquie avait replacé sous sa souveraineté (c.a.d. tout simplement 'annexé' ... ) une province entière, celle du sandjak autonome d'Alexandrette créée par les Français et maintenant appelée «province du Hatay» où vivait une forte population turcophone, en faisant pression stratégique sur la France pour qu'elle accepte le transfert de souveraineté avant l'échéance du mandat international de la S.D.N. qu'elle avait depuis 1920 sur la Syrie et qui allait se terminer.
Laisser la Turquie dépitée hors de l'Europe, en électron libre, ne me semble décidément vraiment pas raisonnable avec des conséquences plus graves encore que les problèmes qui se poseraient avec sa pleine intégration. Et la lecture de l'éminent professeur Davutoğlu ne peut que valider ce point de vue. La Turquie est partagée entre aspirations, celle d'intégrer l'Europe et celle de devenir, sans se contenter de rester aux marches de l'Europe, un « État central » de l'Eurasie complexe et turbulente.
Les hommes politiques européens en s'opposant à l'entrée de la Turquie en Europe, avec finalement une position plus musulmanophobe que xénophobe, risquent tout simplement de faire le jeu des religieux extrémistes. Et leur veto risque indirectement d'être douloureux voire fatale pour les chrétiens du Levant qui constituent la minorité la plus vulnérable. Autrefois le traité de Lausanne avait remplacé celui de Sèvre en partie pour permettre aux minorités confessionnelles turques de pouvoir pratiquer leur culte, en vain !
Pour l'instant, face aux sunnites, les minorités druzes, chrétiennes, ismaéliennes, kurdes ne semblent pas encore avoir choisi de faire défaut à la minorité des alaouites qui dirigent le pays depuis 1961.
Il me semble que le plus grand danger pour le Levant, serait que la Turquie s'éloigne de la 'laïcité' et franchisse le cap de la politique de bon voisinage à "zéro problème" qu'elle s'imposait de tenir jusqu'alors en tant que membre de l'OTAN. L'obédience sunnite de la majorité des Turques pèserait alors lourd dans l'équilibre des forces religieuses dans une région où depuis longtemps l'Iran (et ses chiites) et l'Arabie, aiguillonnée actuellement par le Qatar, (et ses sunnites) s'opposent. Espérons ne pas avoir à retourner à la case départ avec Perses, Arabes et Hittites.


























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