Un Peuples sans autre Pays que Des Frontières …
L'Histoire peut présenter de façon obstinée plusieurs fois le même plat, pas toujours avec la même cuisson !
L’infographie présentée dans Le Figaro du 11.11.08 doit être aussi lue autrement :
~ 48% des Kurdes résident en Turquie, 27 % en Iran, 18 % en Irak, 6 % en Syrie et un faible pourcentage en Arménie, en Azerbaïdjan et au Turkménistan … Les 30 millions sont à cheval sur 8 pays !
La création d'un état kurde indépendant avait été prévue en 1920 par le traité de Sèvre. Celui de Lausanne de 1923, cité dans l'article du Figaro, fit finalement passer à la trappe les précédents bonnes résolutions de Mustapha Kemal envers les Kurdes (dans la négociation, il était prévu que la République de Turquie accorderait l’accès au culte des différentes religions contre l’abandon de la création d’un Kurdistan qui n’a jamais vu le jour !).
J’ai recherché les périodes d’indépendance kurde. Toutes n’ont jamais été reconnues par des traités internationaux, concernaient de faible portion de territoire, et n’ont duré que très peu de temps : le XIXe siècle a vu surgir de brèves principautés kurdes indépendantes comme le minuscule Émirat Soran de 1816 à 1836 à cheval sur l’Irak et l’Iran et le XXe siècle a vu 4 épisode d’indépendance relative, le court Royaume du Kurdistan du cheikh Mahmud de Suleymania au nord de l’Irak entre 1922 et 1924, puis l’éphémère Royaume du Kurdistan (2ième du nom) dans l'est de la Turquie en 1925, la République d'Ararat autoproclamée entre 1927 à 1931 (située en Turquie actuelle), la brève République de Mahabad dans le nord-ouest de l’Iran en 1946.
La Crise en Syrie engendrerait-elle le nouvel embryon d'une entité autonome ? Sera-ce salvateur pour les Kurdes ? La faiblesse des uns permet le sursaut des autres de façon très classique. Bachar el-Assad en rétorsion contre l’abandon du soutien d’Erdogan, joue le jeu de ‘l’ennemi de mon ennemi devient mon ami’. Il a donc laissé rentrer d'exil Mohammed Saleh Mouslim, leader kurde du PYD version syrienne du PKK (interdit en Turquie) et permet maintenant des élections locales de Comités de citoyens, des écoles kurdes, l'enseignement en langue kurde, de chanter lors du lever du drapeau national kurde, l’hymne national kurde.

De forts signes régaliens ! Resteront-ils l’apanage d’uniquement quelques Kurdes, les 6 % de Syrie ? Non probablement, il sera difficile de cantonner les avantages. Déjà, une autonomie pour le quart des Kurdes, ceux d’Irak, avait ouvert la brèche. Elle devrait continuer à s’élargir. Mais comment?
Les Kurdes (j’utilise volontairement le K majuscule) sembleraient être seuls contre tous, sans véritables alliés. Les Kurdes habitent majoritairement dix des plus orientales provinces du plateau anatolien de la République de Turquie où on n’est pas vraiment libre de circuler. En Irak, les Kurdes vivent au nord dans la Région autonome du Kurdistan dirigée par un Gouvernement régional du Kurdistan mais les États-Unis ne vont plus garantir militairement la relative tranquillité à cette région, puisqu’ils rapatrient leurs troupes.
Pour l’instant seuls les 2 pays du sud, l’Irak et la Syrie, on fait bouger la donne qui concerne que le1/4 des Kurdes.
Aucune évolution n’est apparue au nord, la situation reste figée entre 2 états forts l’un sunnite la Turquie et l’autre chiite l’Iran. Les tensions démographiques y sont les plus fortes car c’est dans ces 2 pays que résident les 3/4 des Kurdes. Les Kurdes (le 1/5ème) qui résident en Iran, s’y sentent beaucoup plus minoritaires (10%) que les Kurdes (la 1/2 des Kurdes) qui résident en Turquie mais où ils représentent 20% de la population et sont majoritaires dans leur région.
Avec une logique imparable, les Kurdes vont continuer à chercher à se fédérer et davantage entre eux plutôt qu’avec une autre nation. Et comme il semble improbable qu’un état abandonne, gratis, une partie du sol qu’il revendique et qui a été entériné par des traités, l’existence du Kurdistan reste donc que très virtuelle et hypothétique, à moins d’une sécession unilatérale peu probable faute de soutien. Le conflit va rester larvé, perdurer et maintenir la région sous pression.
L’Occident au XXe siècle a failli, c’est un des défis géopolitiques que l’Orient et l’Occident au XXIe siècle devront résoudre. Le respect des nations à disposer d’elles mêmes, sans être lésées par d’autres nations ou par un tyran, est un droit majeur. Mais le Droit internationale n’a pas de solution prête à l’emploi dans ce cas précis. Une nation sans pays est en principe non représentée à l’O.N.U.
Une Résolution qui amènerait d’autres nations à ‘intervenir pour protéger des populations’ comme en Libye est peu probable. Les puissances de l’Orient échaudées lors de ce précédent historique, ne devraient pas vouloir jouer les cartes de la même façon !
L’Iran en tant que grande puissance régionale émancipée, n’admettra aucune ingérence comme les autres puissances régionales. La Russie parce qu’elle est encore liée à ‘je t’aime, moi non plus’ avec ses anciennes Républiques limitrophes ; l’Arabie occupée à protéger et à pérenniser son privilège rentier et tyrannique sur l’immatériel et le matériel : la Pierre noire, la Kaaba et l’Or noir, le pétrole ; la Chine parce qu’elle aurait alors des problèmes similaires à régler avec les Ouighours voir les Tibétains dont ‘la fédération’ avec les Hans n’a pas prise ; et l’Inde car elle-même revendique toujours la fraction du Ladhak, l’Aksai Chin, confisqué par la Chine il y a cinquante ans en 1962 quand en même temps l’Inde occupait l’Arunaschal Pradesh du Tibet que le Chine venait d’envahir ...
Je reviens au Tibet, un peu volontairement, car il est assez surprenant que l’empathie internationale de bon ton, aille différemment envers les Kurdes qu’envers les Tibétains. Il reste beaucoup de litiges à résoudre pour que l’Humanité puisse vivre en paix !


























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