- L'amer pour rentrer au port -

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vendredi 23 octobre 2009

Le temps des souvenirs

Une lecture où j'ai découvert le terme apeiron qui désigne l'infini, m'a permis de modifier un blog annexe (maintenant amers-apeiron) que je consacrerai à l'archivage des 'billets de réflexions'.
... Tout ça pour quoi? Pour y incruster quelques réflexions au cours du temps, sur le cours du temps, pour se situer soi-même. Le temps ne se fige jamais, mais chaque instant peut-être saisi et ce qui est ressenti quand il devient décrit, apparaît comme immobile, tel un flèche photographiée dans sa course dont l'instantané devient fixé et immobile (paradoxalement, il n'y a plus de course)! L'instant d'avant puis celui d'après diffèrent, tant pis c'est l'instant saisi qui devient l'instant choisi (parfois oublié).
Pourquoi choisit-on tel ou tel instant, telle ou telle photo, pour se représenter sa vie? C'est un mystère, au milieu de toutes nos habitudes, nous gardons en souvenir certains actes, les autres s'évaporent dans l'oubli. D'autres moments sont solennels, on ne veut pas les oublier, ils correspondent à des moments clé de notre construction, des décisions (un mariage) ou des résultats de nos décisions (la naissance de nos enfants). D'autres sont beaucoup plus aléatoires et lorsqu'on les a associés avec le sentiment de bonheur, ils prennent une vigueur étonnante qui perdure et que l'on conserve précieusement comme des reliques de notre vie.
Notre vie, c'est quoi? Un lien entre tous ces moments différents, ou tout du moins la perception que l'on a eu. Avec le recul on peut réfléchir sur le sens que l'on donne à ce que l'on a perçu. Est-ce là le sens de notre vie? Probablement pas, car notre construction nous change à chaque instant et notre jugement évolue.
Mais notre vie (la course) n'est pas la seule somme de ces instants retenus (la flèche)... La stromboscopie rend de façon parcellaire, l'idée de la course ou de trajectoire. L'important peut être comment est-elle faite, qui l'a lancé, ou qui elle touche, ou pourquoi elle blesse. Ce qui nous motive dans notre vie, n'apparaît pas dans le quotidien des instants. Et le résultat de tous ces instants en figurant ce que l'on a fait, ne reflète pas ce que l'on a voulu faire sans parler de ce que l'on aurait pu faire! Le sens de notre vie se découvre à chaque instant avec un nouveau visage, parfois inattendu par le reflet que d'autres nous apportent. Le souvenir n'est qu'un point de vue. Tout autre individu qui vit le même moment peut percevoir d'autres éléments, et son souvenir deviendra donc différent. Avec le temps les écarts de ce qu'il en reste, se creusent.
Il y a peu, Chantal que je vois très rarement, me faisait remarquer que j'avais l'art de tuer les mouches à la pharmacie où nous travaillions il y a 25 ans! je n'aurai jamais pensé que cette habitude ait pu marquer son souvenir de cette manière. Dans la même soirée Yves m'a rappelé que j'avais réussi à faire boire, pour l'unique fois de sa vie, à Marie-Christine sa jeune épouse le soir de leurs noces, du champagne ... que j'avais sournoisement mélangé avec un jus de fruit! J'avais bien sûr oublié cette ruse et surtout, je ne savais pas que Marie-Christine n'avais jamais plus bu d'alcool depuis. Le sens de ce souvenir est venu de la suite de l'histoire que je ne connaissais pas! Pour un objet, l'observation de son état définie par des processus communs, amène à juger ses perceptions et permet de leur donner une valeur communément reconnue, si la reproduction de ces mêmes circonstances peut se renouveler, l'objet devient défini et prend un nom, une étiquette. Mais un souvenir n'est pas un objet, il se déforme avec le temps. Et quand on croise l'appréciation de ce souvenir laissée à quelqu'un d'autre, il devient transfiguré!

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