Kalokéros Oinophilos Kalimera
Kalokéros
Oinophilos
"En 1816, celui-ci se rend à Sidon - en Syrie à l'époque, au Liban aujourd'hui - et visite un tombeau romain souterrain, découvert deux ans auparavant grâce à... un dromadaire passé au travers de l'entrée enfouie. Entre chacune des dix niches à sarcophages qui composent cette grande chambre funéraire, les parois sont peintes de neuf personnages en pied, qui passionnent Bankes au point qu'il en exécute des copies à l'aquarelle, à la lueur d'une chandelle tenue par un domestique. Puis l'Anglais dépose les deux fresques les plus faciles à détacher de la paroi. Les aquarelles sont rangées dans une boîte métallique et les fresques dans une caisse en bois. Bankes poursuit son voyage au Proche-Orient tandis que ses bagages sont expédiés dans le Dorsetshire."
Cet ensemble tomble dans l'oubli comme s'ils s'étaient perdus en route. En 1997, les aquarelles sont retrouvées dans le fatras endormi puis les deux peintures. L'ensemble a été étudié par Alix Barbet et Norman Lewis (un article paraîtra dans la prochaine livraison de la revue Syria). Les riches decors peints de la chambre funéraire de Sidon laissent penser qu'elle appartenait une famille riche ou influente.
"Le maître de maison est représenté sur le mur du fond, face à l'entrée. Il déroule un volumen, montrant ainsi qu'il cultive les muses et est donc promis à l'éternité. Il est probable que son sarcophage reposait dans une des deux niches adjacentes. Le défunt est accompagné de sa maisonnée. Deux personnages féminins l'entourent, dont l'un est une femme voilée - donc mariée et peut-être son épouse. Sur les six autres panneaux figurent des serviteurs, sous les traits d'hommes jeunes et beaux qui semblent converger vers le maître de maison. Ces esclaves portent des plats, car le banquet constitue l'activité sociale qui témoigne le mieux du "standing" des Romains."
Chaque serviteur porte un surnom écrit en grec, avec parfois des jeux de mots. Oinophilos, "celui qui aime le vin", servait la boisson ; Pétènos, "ailé", servait une volaille ; Néréus et Hélicon, allusions à des divinités marines, portaient des poissons ; Glykôn, "sucré", s'occupait des douceurs. Quant à Kalokéros, "le bon moment" reste plus intriguant.
La qualité des peintures est exceptionnelle, les couleurs réelles des originaux d'Oinophilos et de Kalokéros montrent l'habileté de l'artiste. Le front triangulaire et le nez très droit, des visages dont les ombres profondes n'empêche pas une allure efféminée.
Mais on ne sait plus où se situe le tombeau de Sidon...
LE MONDE 09.05.06 15h56




























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