- L'amer pour rentrer au port -

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vendredi 6 juillet 2007

Étymologie des noms d’unité

Une majorité d’unités de mesure a reçu le nom d’un savant1. Du milieu du XIXe siècle jusqu’à l’avant seconde guerre mondiale, chacune des grandes nations redoubla d’ardeur pour immortaliser ses physiciens. Outre cette volonté toute humaine d’imprimer sa marque, nombres d’unités ont une étymologie plus subtile que le patronyme d’un illustre savant.
____________ 1 : Exemples : Volt vient de Volta Alessandro (1745-1827), Watt de Watt James (1736-1819), Becquerel de Becquerel Henri (1852-1908)
Les unités du Système International A Jove principium2, commençons par le mètre. Il tire son nom du grec metron (mesure qui a donné le suffixe mètre que l’on trouve dans la plupart des noms d’instruments de mesure). Si, du point de vue métrologique, le gramme n’est plus une unité de base, il le redevient du point de vue étymologique. Sous l’Empire romain, le scrupulum était le poids égal a un vingt-quatrième d’once. Son altération en scripulum amena à tort les Grecs à le croire dérivé de scribere (écrire) et à le rendre par gramma (signe écrit) qui a donné notre gramme et que l’on retrouve en suffixe dans des mots tels que télégramme, programme, diagramme.
_______________________________________________ 2 : Commençons par Jupiter (Virgile, Églogue III, v. 60), ou, À tout seigneur tout honneur
La seconde est issue de la francisation écourtée du latin minutum secundum, que l’on devrait traduire proprement par « menue partie résultant de la seconde division de l’heure. » La mole est une abréviation apparue dans la langue anglaise pour désigner la molécule-gramme. Elle vient du latin molecula, diminutif de moles (masse). Quant à la candela, son étymologie est comme il se doit lumineuse puisqu’elle est passée du latin candela (chandelle) au français sans même l’adjonction d’un accent aigu (candela a été changé en Chandeile, XIIe s. pour donner chandelle). La liste des autres unités SI constitue une longue litanie de noms de savants transformés en noms communs : hertz, newton, pascal, joule, watt, coulomb, ohm, siemens, weber, tesla, henry, becquerel, gray et sievert. Quelques originaux néanmoins : le degré Celsius est, en dehors des unités dérivées, la seule unité en deux mots (nous reviendrons sur l’étymologie de « degré ») ; enfin Volta et Faraday qui, par suite d’une apocope3 (c’est-à-dire, chute d’un phonème ou d’une syllabe à la fin d’un mot ; ex. : télé est l’apocope de télévision) qui ne doit rien à la familiarité, ont donné naissance au volt et au farad. Tout comme la candela déjà citée, le lux et le lumen arrivent tout droit du latin où ils signifient tous les deux lumière ; seul leur genre a changé : respectivement féminin et neutre en latin, ils sont devenus masculins en entrant dans le SI.
____________________________________ 3 : l’opposé d’une apocope est l’aphérèse (ex. : pitaine, au lieu de capitaine)
Enfin, le radian vient du latin radius (rayon) tout comme l’hybride stéradian dont la premiere syllabe est issue du grec stereos (solide). Les unités utilisées avec le SI ou maintenues temporairement sont, pour nombre d’entre elles, assez anciennes, ce qui explique que l’on y trouve peu de noms de savants. Galilée (Galileo Galilei, 1564-1642) a donné le gal et Anders Jonas Angström (1814-1874) l’angström. Si le curie tire son nom de deux illustres scientifiques, a l’inverse un physicien a réussi l’exploit de léguer son nom à deux unités : il s’agit de Wilhem Conrad Röntgen (1845-1923) qui a donné le röntgen mais aussi le rem, sigle signifiant Röntgen Equivalent Man, à savoir « équivalent-homme de röntgen. » Tout comme la seconde, la minute est une menue division du temps ; elle se rattache à l’adjectif latin minutus (menu) par l’intermédiaire du latin médiéval minuta. L’étymologie d’heure vient du latin hora transformé d’abord en ore puis eure. Le jour se rattache au latin classique dies par le latin populaire diurnus et par l’ancien français jorn (XIe s.). Le mille marin, comme le nombre du même nom, vient du latin milia. Lorsqu’il est parcouru en une heure par un navire, celui-ci file un nœud, du latin nodus (devenu la forme populaire neu, 1530). Ce nœud métrologique vient des nœuds (au sens courant du mot) distants d’un cent-vingtième de mille marin qui sont faits sur la ligne de loch (du néerlandais log, 1683), c’est-à-dire la corde qui se déroule d’un bateau pour en mesurer la vitesse : le nombre de nœuds que file le navire est le nombre de nœuds qui s’écoulent à la ligne de loch en une demi-minute. Aujourd’hui, les lochs sont automatiques (loch à hélice, loch électrique). Des distances passons aux aires avec l’are dont le nom vient précisément du mot latin signifiant aire, area. L’étymologie du barn, unité égale à 10–28 m² utilisée en physique nucléaire pour mesurer les sections efficaces, montre que les métrologues sont parfois pleins d’humour. Anglais en l’occurrence puisque barn signifie grange. En fait, lorsque l’on a voulu baptiser cette aire microscopique on a choisi par dérision un nom qui, pour les anglophones, évoquait un objet d’aire imposante, une porte de grange. L’expression « He couldn’t hit a barn-door » (littéralement « Il n’atteindrait pas une porte de grange ») est en effet l’équivalent anglais de « Il raterait un éléphant dans un couloir. » Très proche phonétiquement du barn, le bar a une étymologie beaucoup plus classique puisqu’il dérive du grec baros (poids, pesanteur), origine que l’on retrouve dans le baryum, métal ainsi nommé à cause de son poids élevé et dans le baryton, chanteur qui émet un son grave. Le degré, qu’il soit Celsius ou d’angle, se rattache à l’ancien français gré qui avait lui aussi le sens propre de marche d’escalier tout comme son doublet gras. Il existe encore à Clermont-Ferrand une rue des Gras. C’est une rue en pente qui comprenait autrefois des marches. Gré est lui-même tiré du latin gradus, tout comme le grade. La tonne vient du bas latin tunna ou tonna, d’origine celtique, dont le sens initial de peau a dérivé vers celui d’outre et de vase puis de tonne. Si le litron n’est plus aujourd’hui que l’appellation argotique d’une bouteille d’un litre, il est antérieur à ce dernier qui n’en est que le dérivé. Le litron était avant le système métrique une mesure de capacité pour les grains. Lui-même était un dérivé du latin médiéval litra, mesure de liquide qui remonte au grec litra (poids de douze onces). L’erg est tiré du grec ergon (travail, action) que l’on retrouve dans l’ergonomie, étude scientifique des conditions de travail, mais aussi dans l’allergie, construit avec allos (autre), qui désigne l’ « autre action » que produit une substance mise en contact avec l’organisme. Si l’on remonte plus loin dans le temps, on aboutit à la racine indo-européenne werg, worg, qui a donné werk et work, lesquels désignent respectivement l’ouvrage et le travail en allemand et en anglais. Les deux anciennes unités de force que sont la dyne et le sthène sont issues des mots grecs dunamis (puissance) et sthenos (force) : le dynamisme caractérise celui qui a de l’énergie à revendre, tandis que celui qui est sans énergie est frappé d’asthénie. Ont été aussi formés directement à partir d’une racine grecque le phot, le pièze, la barye, le stilb et le stère, tirés respectivement de phôs, phôtos (lumière), piezein (Fresser), barus (lourd), stilbein (briller) et stereos (solide) déjà cité. Si la thermie vient aussi du grec, sa petite sœur la calorie vient du latin ; la suffixation s’est faite de la même manière à partir des deux mots signifiant chaleur : thermos et calor. Sur le modèle de la calorie, on a construit son opposée, la frigorie, à partir du latin frigus, frigoris (froid). Le grade est la francisation du mot latin gradus (grade, degré). Nous avons gardé pour la fin ce bijou étymologique qu’est le carat. Le père du carat est le mot latin carratus, utilisé par les alchimistes. Son origine est arabe, qîrât (petit poids, équivalent au vingt-quatrième du denier), qui vient elle-même du grec keration dont le sens monétaire « tiers d’une obole » semble s’expliquer par son sens premier de « gousse » dont l’équivalent latin siliqua signifiait également « vingt-quatrieme de sou » ou « sixième de scrupule » : nous retrouvons ici notre fameux scrupulum, déjà cité à propos du gramme. Les préfixes de multiples et de sous-multiples Les métrologues des dernières décennies ont apporté une touche de fantaisie à l’austère édifice rigoureux entamé par les créateurs du Système métrique. La logique de départ était simple : des préfixes grecs pour les multiples et des préfixes latins pour les sous-multiples. C’est ainsi qu’à déci, centi et milli, tirés de decimus (dixième), centesimus (centième) et millesimus (millième) correspondent déca, hecto et kilo, construits sur deka (dix), hekaton (cent), et khilioi (mille). En toute rigueur, on aurait dû choisir hecato plutôt qu’hecto et chilio plutôt que kilo. Dans ce même esprit avait été créé myria, disparu depuis en tant que préfixe signifiant 10 000, mais dont la racine grecque murioi (dizaine de mille ou beaucoup, comme dans myriade) subsiste par exemple dans myriapodes, nom scientifique des mille-pattes. Les choses se sont compliquées lorsqu’on a voulu gagner quelques ordres de grandeur puisque pour traduire le millionième on a choisi le mot grec micros (petit), transformé en micro plutôt qu’en un mot latin. Rien à dire en revanche sur méga formé à partir du grec megas (grand) que l’on retrouve dans la mégalomanie et dans les mégalithes. Quand, en 1960, on a voulu exprimer les puissances neuvième et douzième de 10, on a réussi à trouver d’autres racines grecques : le géant gigas (de gigantès ou gegeneis « nés de la Terre ») a donné giga et le monstre teras a donné téra. Conformément à la logique, pour traduire le milliardième, on a fait appel au mot latin signifiant le nain, nanum, nanus, (mot d’origine grec) d’où nano. Mais on a fait une nouvelle entorse à la règle avec pico, dérivé de l’italien piccolo (petit). Le dernier coup porté au latin dans la dénomination des sous-multiples est intervenu en 1964 avec l’apparition de femto (10–15) et atto (10–18) tirés des mots danois femten (quinze) et atten (dix-huit). Pour les derniers baptêmes de multiples, on a bien respecté la tradition consistant à user de racines grecques. Remarquant que téra (1012, c’est-à-dire 104×3) était à une consonne près identique à tétra, préfixe tiré du grec tetras (quatre), on s’est dit que la méthode pourrait être généralisée. Ainsi pour 1015, c’est-à-dire 105×3, on a retiré de penta (de pente : cinq) la consonne n, d’où le fort disgracieux péta ; et pour 1018, c’est-à-dire 106×3, on a privé de son h initial le préfixe hexa (de hex : six) d’où exa (il s’agit donc dans ce cas d’une aphérèse).
J'ai repris l'intégralité du texte cf.
http://essperans.fr/blog/?p=51 (Ce texte est une adaptation de l’article préparé par Philippe Bertran, publié sur le site du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Bureau de la Métrologie)

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