- L'amer pour rentrer au port -

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samedi 19 mai 2012

Locquirec des Osismes


Il y a quelques années dans le journal local du Trégor, j'avais découpé cet article sur les fouilles réalisées entre Locquirec et Plestin-le-Grèves.
Vacances studieuses à LocquirecL’exploration du «balneum» gallo-romain de Pors-Morvan et de l'habitat protohistorique du Moulin de la Rive
Mardi soir au cours d’une conversation intéressante avec Mr DEUNFF, ancien élève du Lycée de Morlaix, docteur es sciences, chargé de recherche au C.N.R.S. au cours de laquelle furent abordés des sujets peu communs, tels que la détermination de l'âge des couches de terrain par l'étude des micro-organismes qui y vivaient il y a des centaines de mil­lions d'années (méthode beaucoup plus précise que celle du carbone 14 basée sur la radioactivité des sols) nous primes rendez-vous pour une promenade sur le littoral, avec deux points de chute dans le passé. L'un à l'âge du fer, au Moulin de la Rive, l'autre à l'époque gallo-ro­maine à Pors-Morvan, près de Toul an Héry.
Nous décidâmes ensuite de com­mencer par Pors-Morvan, pour y ren­contrer Francis PRIGENT, le chantre de la baie un personnage pittores­que. Ce même mardi soir, M. DEUNFF nous avait fait entendre un enregis­trement des poésies composées et dites par Francis. Ces vers, redits par l'appareil enregistreur, prenaient dans la pénombre de la salle, un relief sonore inhabituel, les rimes tombaient, emplies de musique. Francis, par ses effets de voix et son art de la déclamation donnait une vie particulière, pleine de ré­sonances à ces poèmes.
Notre promenade de mercredi avait deux buts : prospecter un peu le terrain de Pors-Morvan, riche en vestiges gallo-romains et saluer le maître de céans, le propriétaire des fouilles (qu'il entreprend seul sur son domaine).
Nous quittons Locquirec à 9 h 30.
Un photographe du photo-club d'Oujda nous raccompagne : il a pour mission de fixer sur la pelli­cule les divers moments de la ma­tinée.
Le temps de contourner la baie de Locquirec, de franchir le Dou­ron sur le pont Mille-Pattes et la voiture s'arrête à Pors-Morvan.
Dès l'entrée, une tranchée creusée par le propriétaire laisse à décou­vert un muret. M. DEUNFF nous fait constater dans le sable, les ap­ports éoliens faits de coquillages légers que le vent d'ouest qui souffle fort certains jours, a remontés jusque là sur la pente pouce de la dune il y a quelques siècles. Plus loin, un chantier plus important dé­couvre un habitat plus important Mais l'une des pièces porte un toit fait de bric et de broc, vieilles fe­nêtres, voisinant avec des morceaux de tuiles romaines ; c'est le « gour­bi » du poète. L'hôte est absent, per­sonne ne répond à nos appels. (Un coup de téléphone donné dans la soirée, à la mairie de Plestin-les­-Grèves nous apprit que Francis était à l'hôpital de Lannion).
Un « balnéum » gallo-romain
Tout à côté du gourbi, des murs solides qui ont défié le temps, da­tant de l'époque gallo-romaine. Ces murs aux pierres liées par un ci­ment d'argile et de caséine sont in­tact et la disposition de certains galets en chevrons indique bien un ment du B.E.P.A. travail de l'occupation romaine.
On distingue assez nettement 1a configuration de cet édifice qui a été à l'époque un balnéum ou bali­néum, bain particulier ou suite de pièces de bain appartenant à la villa romaine d'un particulier.
Jusqu'à présent, les fouilles n'ont pu être opérées d'une façon systé­matique, Francis PRIGENT s'y étant toujours opposé. L'emplacement du balnéum domine le lit du Douron.
Un affaissement de la plage a dû se produire au long des siècles. Il serait curieux de savoir si cet établissement de bain est un « bal­néum » ou bain de particulier (ce qui suppose tout près une villa couverte par le sable) ou bien des « balinae » (bains publics), ce qui permet de penser qu'il y aurait eu une ancienne agglomération recou­verte à proximité et dont les habi­tations s'échelonnaient de Pors-­Morvan à Toul-an-Héry.
On en est réduit à faire des sup­positions, mais il se peut que toute la bordure littorale cache un com­plexe archéologique de grande valeur. Tout comme Volubilis, ville romaine exhumée près de Meknès et de Moulay-Idriss, au Maroc, l'embouchure du Douron recèle peut­-être une cité engloutie dans le sable des dunes. Car cette sortie de la rivière côtière qui sépare le Finistère des Côtes-du-Nord sur quelques kilomètres fut certainement un ber­ceau de civilisation de par son emplacement dans un repli secret de la baie, par son apport continu d'eau douce riche en saumons et truites, par la montée biquotidien­ne d'eau salée riche en poissons, coquillages, crustacés, par son micro­climat. Ce lieu édénique a été un lieu de fixation pour les popula­tions errantes la recherche du Paradis perdu et malheureusement aussi un lieu de destruction par les flottes scandinaves à a recherche de butin promis par les chefs vikings.
Mr. DEUNFF, au cours de ses inves­tigations, nous dit avoir trouvé des fragments de pierre calcaire, des bouts de silex dans la baie. La pré­sence de ces objets insolites sur cette plage, dans une région à pré­dominance de schiste et de granit, est expliquée comme ceci.
Au temps où les carrières d'ar­doises de Locquirec étaient exploi­tées, des bateaux descendaient du pays de Caux en Haute-Normandie sur lest de pierres. Ils déversaient dans la baie leur cargaison de pierres à chaux noyautées de silex et s'en retournaient au pays nor­mand avec un chargement de dalles extraites des ardoisiéres de Kerau­dren ou de la pointe du Château.
Au Moulin-de-la-Rive
La deuxième partie de la matinée devait se poursuivre par une promenade sur les falaises dunaires du  Moulin de la Rive. Délaissant à notre gauche la villa au bord de l’eau avançant avec peine sur un lit de galets, nous arrivons à pied d'œuvre.Mr DEUNFF, qui connaît bien l'endroit pour y avoir fait des fouilles, est surpris par les modifications apportées par les hommes qui ont déversé de plein camions de roches détachées lors de la construction de la route touristique et utilisées pour colmater les brèches faites par l'eau des grandes marées et par l'érosion éolienne.Repérant un bloc compact dans le sable croulant, M, DEUNFF com­mence à effriter la terre avec son marteau de géologue (cet outil est de toutes les sorties), et soudain apparaissent à nos yeux étonnés, des fragments de poterie, salis de noir de fumée, qui, à quelques siècles de distance, noircissent encore nos doigts, des haliotides (ormeaux), des patelles, des piquants d'oursin.
Tous ces témoins de civilisations révolues sont là dans ces blocs de terre et d'humus mélangés à des « restes de cuisine » (terme techni­que), constitués surtout par des co­quillages.
Les notes consignées dans une pla­quette écrite par M. R.P. Giot, J. Deunff, J. Briard et J. L'Helgouach « L'habitat protohistorique du Mou­lin de la Rive en Locquirec » et les explications fournies sur place par M, DEUNFF résumées en quelques lignes, donneront une idée assez nette de ce gisement humain.  Découvert en 1952
En 1952, un enfant découvre dans un éboulement de la dune, un sque­lette humain dont l'âge aurait pu être antique. Ce tut le point de dé­part des recherches.
En 1955, MM. Flatrés et Louis Ogès remarquèrent en étudiant les bords d'un chemin taillé dans la falaise et qui descendait à la plage des débris de cuisine préhistoriques : coquillage, haliotis, tessons de céramique intéressants.Ce niveau archéologique inter stratifié dans la dune se trouve à 1 m ou 1,50 m du sommet de celle-ci ; il s’agit d’un habitat campé à un moment déterminé sur le sommet de la dune puis plus tard recouvert par une poussée de celle-ci. Ces traces de foyers sous forme d’argile cuite, ces fragments de charbon, ces débris de nourriture, patelles, piquants d’oursins, poterie variées, indiquaient qu’un habitat préhistorique avait existé là.Ce qui constitue l’intérêt du gisement du Moulin-de-la-rive c’est une abondante série de fragments de vase ne pâte brun rouge fine et bien cuite, très régulièrement tournés et recouverts d’un englobé graphitique soigneusement poli et lustré. Ces fragments se rapportent à des écuelles ou à des bols à cols.Cette céramique, par ses formes comme par son aspect, est bien caractéristique de la dernière phase de l’indépendance gauloise en Armorique (La Terre III).En conclusion, l'habitat du Moulin de la Rive parait un site homo­gène quasi scellé entre ses deux épisodes dunaires et correspondant vraiment à la Terre III (ou peut-­être aux débuts de l'occupation ro­maine qui n'aurait pas encore eu d'effets en cette contrée lointaine). Comme tous les gisements de fa­laises meubles, il est condamné à une destruction progressive sans qu'on puisse y effectuer de vérita­bles fouilles (lesquelles accélèreraient la dégradation du littoral). Le tombeau qui en a subsisté jus­qu'à nous, est sans doute la réplique d'un campement beaucoup plus important qui montre des conditions de vie assez simples (mais peut- être saisonnières). En tout cas, c'est un témoin révélateur d'un aspect des conditions de vie à la fin l'indépendance des Osismes.Ce qui fait croire que ce campement date de l'âge du fer, c'est la découverte d'un gisement ferreux sur la face orientale de la grève du Moulin de la Rive par M. DEUNFF. Cette population avait pour se nourrir les fruits de la mer et les poissons des deux rivières qui s'y jettent.
Jean BARON
LANMEUR

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